Télévision - Séries en stock

Isabel Richer, Jean-François Pichette, Gilbert Sicotte et James Hyndman dans Trauma, la nouvelle télésérie médicale de la prolifique Fabienne Larouche
Photo: Radio-Canada Isabel Richer, Jean-François Pichette, Gilbert Sicotte et James Hyndman dans Trauma, la nouvelle télésérie médicale de la prolifique Fabienne Larouche

En télé, franchement, on ne peut pas vraiment se plaindre de la décennie qui s'achève. Du moins, si on sait regarder tout en haut, près du sommet, loin de Pour le plaisir ou d'Occupation double. La série, ce vieux genre constamment renouvelé, a connu une période faste ici comme ailleurs. Avec Lost, Mad Men, Six Feet Under, The Shield, The Sopranos, The Wire ou Curb Your Enthusiasm, la télé américaine a sans cesse élevé et bouleversé cette forme héritière du grand roman feuilleton du XIXe siècle qui a aussi, en son temps, accouché de chefs-d'oeuvre de finesse et de divertissement.

La télé québécoise a beaucoup donné à son tour, à son échelle, avec ses moyens. Ce qui a donné ce qu'il faut, c'est-à-dire du pur plaisir additionné à une réflexion, un portrait de société, un point de vue sur le monde. Par exemple sur la condition masculine et les relations de couple, avec Minuit le soir ou Les Invincibles. Par exemple sur les rapports à l'autre et les réflexions identitaires dans le Québec multiculturel ou pluriculturel, comme on voudra, avec Pure laine. Par exemple sur les douloureux souvenirs de famille, avec Nos étés ou Aveux.

Pourvu que ça dure, comme disait la maman de Napoléon. À en croire les producteurs et les diffuseurs, le système atteint ses limites, les budgets moyens d'une série ayant fondu comme les neiges du Kilimandjaro. N'empêche, comme toujours depuis que le monde est monde, chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. La prochaine décennie, avec ses moyens, va donc probablement engendrer de la bonne et de la pas pire télé, mais aussi encore beaucoup de niaiseries.

Radio-Canada, capable du meilleur, donne le ton de la rentrée hivernale avec deux nouvelles propositions qui entrent en ondes cette semaine, Trauma, mardi soir à 21h, et Mirador le lendemain, à la même heure. Deux séries, donc, et autant de tons, de styles et de manières. Oserait-on dire l'ancienne et la nouvelle? Pourquoi pas.

Bons sentiments et philo 101

Trauma explore le monde des hôpitaux, déjà surexploité par le petit écran sériel. Le décompte des productions américaines inspirées par la vie et le travail des médecins (les «medical dramas») dépasse la cinquantaine, ce qui fait à peu près une série par année depuis le temps où les docteurs de famille existaient encore et recevaient leurs patients en leur offrant une cigarette. Ben Casey, ça vous dit quelque chose? Et Marcus Welby, M.D.? On peut en rajouter encore une grosse vingtaine de la télé britannique, une dizaine de l'Australie.

Le Québec a étrangement moins donné dans ce créneau, exploré surtout par la prolifique Fabienne Larouche. Elle a coécrit Urgences (1995-1996) et elle en remet avec Trauma. La scène est dans un bel hôpital de Montréal (c'est de la fiction...) où s'active une équipe de traumatologues, ces urgentologues spécialistes des accidents. La froide et efficace Dre Julie Lemieux (Isabel Richer), directrice du département, mène la charge et contrôle les troupes masquées et désinfectées.

Assez vite, on comprend que tout ce beau monde souffre énormément, avec un alcoolo (le

Dr Meilleur, incarné par James Hyndman), une fêlée de la fiole qui voit son père en apparition (la sensible interne Sophie, campée par Laurence Leboeuf) et un tas d'egos complexes et surgonflés, en conflits perpétuels. «Les traumatologues se soignent en soignant les autres», a résumé Fabienne Larouche au visionnement de presse, il y a quelques jours.

Trauma présente un Montréal hypermoderne, riche, léché, une sorte de ville idéale où le hasard fait mal aux êtres et aux choses. Le tournage cinéma, comme tous les éléments visuels, de la scénographie aux costumes en passant par les appartements, donne une qualité visuelle indéniable au produit aseptisé, très «surgeon chic». La trame sonore en rajoute, avec pour pièces centrales des reprises de classiques du rock américain et de la pop anglaise interprétés par Ariane Moffat. Les puristes s'agaceront encore une fois de constater que l'émotion musicale s'appuie majoritairement sur des chansons anglophones.

C'est surtout une recette un peu facile, un peu cliché, à l'image de cette production qui ne révolutionne rien. Les épisodes fermés (un cas par épisode) racontent des histoires plus ou moins abracadabrantes oscillant autour de traumatisés. Les textes comme les dialogues manquent souvent de subtilité. En tout cas, les réflexions du docteur Légaré (Gilbert Sicotte) sur le rapport à la mort, au tragique, à l'autre, entendues dans les deux premiers épisodes, finissaient par énerver un peu. Les généralités, les bons sentiments et la philo 101 ne suffisent pas, ou plus. Il faut se surpasser pour tirer du jus original de ce monde, après des milliers d'heures de production mondiale avec stéthoscopes et bistouris.

Faiseurs et défaiseurs d'image

Trauma offre donc de la bonne télé, mais à l'ancienne, où on reconnaît les ficelles. Ce qui se révèle être beaucoup moins le cas avec Mirador, une belle surprise à suivre. Déjà à lui seul, le sujet jette beaucoup d'intérêt, puisque l'action se situe dans le milieu des relations publiques, des faiseurs et des défaiseurs d'image. On pourrait dire que Mirador propose un portrait de groupe avec des ennemis directs des journalistes qui passent leur temps à gaver les chiens de garde et les toutous du pouvoir, mais on ne le dira pas. D'autant moins que les personnages de journalistes en prennent pour leur ego dans le portrait, qui frappe donc efficacement de tout bord.

Le cabinet Mirador fondé par Richard Racine (Gilles Renaud) emploie notamment ses fils Luc (David La Haye) et Philippe (Patrick Labbé). Le premier est chiant de chez chiant, baveux, arrogant, matérialiste. Il maîtrise la réplique assassine et vulgaire comme une sorte de Martin Matte avec cheveux, beaucoup de cheveux. Luc dit «plotte» et «bitch». Luc dit aussi: «Mon téléphone sonne comme le système d'alarme d'une BMW dans Hochelaga-Maisonneuve.»

Le second frère, responsable de la cellule de crise, tente de conserver ce qui lui reste de morale et de droiture dans un recoin du monde qui en manque beaucoup. «C'est l'histoire d'un gars qui essaie d'être éthique dans une famille où il y en a peu, résumait le coauteur Daniel Thibeault, au visionnement. On a beaucoup donné dans l'antihéros au Québec. Nous, on a voulu écrire des anti-Bougons. On propose un homme qui a un grand coeur, un héros dans un contexte complexe.»

Daniel Thibault, gagman de spectacles humoristiques et champion de la petite phrase irrévérencieuse, a patiemment malaxé cette matière originale avec Isabelle Pelletier, comptant elle-même vingt ans d'expérience en pub et marketing. Mirador aussi boucle la boucle narrative un passage à la fois. Dès le premier épisode (Le Syndrome de Pinocchio), Philippe rentre au bercail, il retrouve son ex (Pascale Bussières), il reprend les hostilités avec son grand frère et il règle le dossier brûlant du grand gagnant de Québec Idole (une sorte de Star Académie, on le comprend), retrouvé avec une admiratrice droguée au GHB (la drogue du viol). Au second épisode (De l'amour et du pardon), Philippe doit choisir entre faire éclater un scandale concernant la mort à l'étranger d'un soldat canadien, fils d'une amie de sa mère, et aider le premier ministre à protéger son image.

C'est juste de la télé, évidemment...

Le Devoir
1 commentaire
  • Gisèle Cantin - Abonnée 31 décembre 2009 12 h 23

    Séries en stock

    Bonne année télévisuelle, Monsieur Baillargeaon.

    Votre récapitulation des séries médicales était bien intéressante. Mais lorsque vous en arrivez à ce qui s'est fait au Québec dans ce domaine, vous avez omis de mentionner une série fut très suivie en son temps: "7ème Nord", avec, entre autres, Monique Miller et Gilles Pelletier. J'ai encore dans l'oreille la phrase d'ouverture de chaque épisode: la voix profonde, incomparable de Monique Miller répondant au téléphone du "poste des infirmières' : Septième Nord..."