Culte de la personnalité

Un héros, ce Paul Sauvé, premier ministre, après la mort de Maurice Duplessis, pendant tout juste 112 jours? Ses proches, beaucoup mis à contribution dans ce documentaire, le laissent volontiers entendre.

L’histoire de cet homme est présentée ici dans une perspective qui tient du culte de la personnalité. D’emblée, on prête beaucoup de vertus à la fonction de premier ministre. Au nom d’une vision sublimée de cette fonction, un seul homme est tenu comme un guide alors qu’il peut aussi se trouver, on en conviendra, à la remorque des mouvements sociaux de son temps.
Un individu tel Paul Sauvé, si brillant soit-il, peut-il annoncer par sa seule action la Révolution tranquille qui éclôt pour de bon, le 22 juin 1960, avec l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage? Bien sûr que non. Pas plus d’ailleurs qu’on ne saurait réduire le climat social des années Duplessis à l’existence du chef historique de l’Union nationale. Reste que ces figures de chef politique n’attirent pas l’attention pour rien.

Depuis 1956, le régime de l’Union nationale montre déjà des signes d’usure qui indiquent un changement d’époque. Même des intellectuels fidèles à l’Union nationale commencent à envisager les suites de l’ère Duplessis, désormais plus fragile bien que ce dernier fut réélu avec une forte majorité.

Dans ce parfum de fin de régime, Paul Sauvé ne tombe pas du ciel. Ancien militaire, sportif autant que fumeur, Sauvé est depuis longtemps un des dauphins de Duplessis. Fils d’un journaliste devenu député, puis chef du Parti conservateur, Sauvé est élu député à Québec dès les années 1930, alors que son père est toujours député à Ottawa. Duplessis est d’ailleurs redevable à la famille Sauvé pour son ascension politique. Cette reconnaissance de dette dont jouit Paul Sauvé lui vaudra, à tout juste 29 ans, d’être promu président de la Chambre.

À la fin des années 1950, la volonté de changement que manifeste cet homme n’en demeure pas moins réelle. Son célèbre «Désormais» résonne haut et fort. On a bel et bien affaire ici à un homme dont les vues politiques s’éloignent substantiellement du régime de la corruption auquel il succède. Ainsi ce personnage, injustement oublié, mérite-t-il qu’on s’y attarde.

À voir en vidéo