Une austérité de bon aloi

Jean-Claude Labrecque vous le dira lui-même: s’il n’avait pas été cinéaste, il aurait été archiviste. Ces deux passions se conjuguent pour en raconter une troisième, celle du frère André, dans la commande du même nom confiée à Labrecque en 1985 par les Productions de la montagne, une société affiliée à l’oratoire Saint-Joseph.

Avant même que n’ait roulé le générique du début, des bandes d’actualité et des articles de journaux d’époque, de la Fox notamment, du Devoir aussi, annoncent le décès du bien aimé thaumaturge du mont Royal.

Le film s’ouvre ensuite sur une séquence admirablement conçue: d’en haut, la caméra capte en un patient mouvement circulaire un groupe d’hommes réunis autour d’une table ronde; un très lent «jump-cut» et la caméra s’approche, poursuivant toujours sa rotation; on répète, plus près encore, et la caméra nous révèle enfin, de face, celui dont tous les autres parlent, le frère André.

La scène en question reconstitue une réunion du conseil du collège Notre-Dame, bâilleur de fonds des œuvres du frère André, lui-même portier de l’établissement pendant quarante ans. La dévotion qu’il suscite irrite; ses guérisons — on réfute tout miracle — gênent. On veut l’envoyer (comprendre: le bannir) dans une petite paroisse du Nouveau-Brunswick.

Nous sommes en 1910 et la métropole est en plein congrès eucharistique. Ce soir-là, à la petite chapelle sise à flanc de montagne, débarquera comme un ouragan Marie-Esther, la nièce du frère André, né Alfred Bessette. Venue de loin lui demander conseil, la jeune femme déclenchera, par ses questions pressantes, la machine à réminiscences de son oncle. C’est à travers elles que l’homme d’Église se racontera, en toute simplicité, répondant directement aux figures du passé venues le visiter, ces dernières s’adressant à l’objectif qui adopte alors le point de vue du sujet, un procédé de caméra subjective typique de Labrecque.

Joliment interprété et merveilleusement photographié, Le Frère André en rebutera certains par ses langueurs toutes liturgiques, mais il constitue néanmoins une leçon d’histoire digne de mention.

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