L’autre clan Beaulieu

Après le visionnement de C.R.A.Z.Y. (2005), j’ai eu le sentiment que le cinéaste Jean-Marc Vallée (Liste noire, The Young Victoria) et le scénariste François Boulay étaient de vieilles connaissances, qu’ils avaient partagé un peu de mon enfance et de mon adolescence dans les années 60 et 70. Cette curieuse impression, beaucoup de gens de ma génération l’ont eue, surtout ceux issus de la classe moyenne, celle décrite dans ce film admirable porté par un souci du détail tout à fait prodigieux.

Ce fameux clan Beaulieu — pas celui qui faisait les belles soirées du «canal 10» à la même époque... — porte en lui les changements qui vont bousculer, pour le meilleur et pour le pire, la société québécoise. Ses membres ne sont les porte-étendards d’aucune cause, pas même celle de l’affirmation homosexuelle, et s’ils se serrent parfois les coudes, ils se chamaillent aussi à la moindre occasion. Certains vont même jusqu’à fuir vers Jérusalem pour tenter de réconcilier cette part d’eux-mêmes qui ne semble pas s’harmoniser aux couleurs de l’époque.

Il faut croire que leurs joies et leurs peines ont su rejoindre les nôtres, car le succès de C.R.A.Z.Y. fut tout simplement prodigieux. Et à quoi attribuer ce triomphe critique et populaire?

En partie aux interprétations époustouflantes de Michel Côté et de Danielle Proulx en parents parfois dépassés par leur progéniture, cinq garçons un peu rock’n’roll, dont Zachary (Marc-André Grondin), en pleine découverte d’une sexualité qu’il juge anormale. Son parcours identitaire est relaté avec une justesse exemplaire, entrecoupé d’une foule de petits drames du quotidien et de multiples échappées fantaisistes ou nostalgiques. La musique joue d’ailleurs un rôle essentiel dans C.R.A.Z.Y., alors que les chansons des David Bowie, Pink Floyd, Rolling Stones, Charles Aznavour et Patsy Cline, la préférée du paternel, viennent ponctuer la vie des Beaulieu. Et la nôtre, il n’y a pas si longtemps.

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