Autour de Chanel

Shirley MacLaine dans le rôle de Coco Chanel à 71 ans
Photo: Moriz Puccio Shirley MacLaine dans le rôle de Coco Chanel à 71 ans

Quelle vie, que celle de Coco Chanel! Son nom, connu même de ceux qui exècrent la haute couture, demeure aujourd’hui encore synonyme d’élégance et de sobriété. Née vers 1883 — tous ne s’entendent pas là-dessus, elle la première — dans une famille de marchands ambulants sans le sou, Gabrielle Chanel manifesta très tôt un farouche désir de s’élever au-dessus de sa condition. Elle y parvint brillamment, à force de ténacité et, surtout, de vision.

Normal que son parcours inspire encore les créateurs à ce jour. Et si on s’étonne que le cinéma ait été si long à raconter Coco, disons qu’il s’est repris au cours de la dernière année et demie en lui consacrant pas moins de trois œuvres biographiques: Coco avant Chanel, d’Anne Fontaine, Coco Chanel & Igor Stravinsky, de Jan Kounen, et, pour la télévision, Coco Chanel, de Christian Duguay. C’est cette dernière production que diffuse en deux parties TV5 dans le cadre d’une programmation spéciale débutant lundi et se concluant mercredi avec le documentaire Signé Chanel.

Chanel en deux temps

Un peu comme le compatriote Yves Simoneau, la réputation de Christian Duguay auprès des grandes chaînes de télévision américaines et françaises n’est plus à faire; en témoigne une feuille de route chargée et variée (Hitler, la naissance du mal; Trafic humain, etc.). Coco Chanel donne un juste aperçu de la polyvalence du réalisateur montréalais. Les séquences campées à Deauville sont particulièrement séduisantes.

D’un raffinement mesuré que n’aurait pas dédaigné le sujet, sa minisérie relate les grands pans de la jeunesse de la créatrice de mode en ayant recours au mécanisme du flashback.

Quelques libertés sont prises avec la réalité, mais l’ensemble demeure relativement fidèle aux faits: la mort de sa mère suivie d’une jeunesse au couvent en compagnie de sa sœur cadette (elle en avait deux, ainsi que deux frères), ses premières armes dans la boutique d’une couturière hautaine, madame Desboutins, et, enfin, l’amour en la personne d’Étienne Balsan puis, plus tard, avec son ami Boy, ce dernier ayant agi à titre d’amant et de mécène puisque croyant au talent de Coco. Les chagrins d’amour, la Grande Guerre, la réussite... Tout y passe de manière classique et, dans l’ensemble, fort agréable avec toutefois une réserve pour la musique inutilement sirupeuse.

Hormis le soin apporté à la réalisation, il convient de signaler la justesse de la distribution. En effet, la Slovaque Barbara Bobulova compose une Chanel crédible et rend bien le déchirement perpétuel du personnage, qui oscille entre ambition et sentiments. Mais la surprise vient de Shirley Maclaine, une Coco de 71 ans qui, au moment de présenter son premier défilé en 10 ans, se remémore les étapes marquantes de sa vie (en passant outre l’embarrassant chapitre de la Seconde Guerre mondiale). Malgré cette distribution étonnante, la vénérable actrice, que Duguay avait déjà dirigée dans son Jeanne d’Arc (1999), convainc complètement et sa présence accroît le capital de sympathie envers un personnage pas toujours attachant.

Du croquis à la passerelle

Signé Chanel, un documentaire de Loïc Prigent, est en fait un condensé d’une série de cinq épisodes divisés en thèmes qui totalisaient plus de deux heures de matériel. Resserré et décliné à rebours jusqu’au jour J, cette virée en coulisse s’avère éclairante et souvent drôle. De fait, on s’entiche vite de ces couturières émérites qui craignent le jugement de Karl Lagerfeld mais qui, entre elles, ne mâchent pas leurs mots. Candides et détendues en présence de la caméra, ces dames s’activent et sacrifient beaucoup à la Maison Chanel, nous rappelant du coup que, sans elles, point de haute couture.

Cela étant, les segments les plus savoureux de Signé Chanel mettent en scène madame Pousieux, une passementière qui a connu Coco Chanel et qui fabrique des galons légendaires dans le milieu depuis plus de 50 ans. De sa ferme à 130 kilomètres de Paris, elle ne s’en laisse imposer par personne. Coup de cœur garanti.

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