Danse - Authenticité et pacotille

«Où tracer la ligne qui sépare l'art proprement dit et le divertissement?», se demandait la jeune chorégraphe vancouvéroise Crystal Pite lors d'une entrevue au Devoir l'an dernier. Sa réponse, pleine de verve et d'humour, offerte en trois volets chorégraphiques l'automne dernier, reprend l'affiche cette semaine dans le cadre de la saison Danse Danse.

Dernière production de bjm_danse (anciennement les Ballets Jazz de Montréal), The Stolen Show [xspectacle] baptisait du même coup la nouvelle appellation de la compagnie montréalaise avec un spectacle mûri pendant trois ans et offert en deux temps et trois mouvements.

En résidence à bjm_danse de 2001 à 2004, la chorégraphe canadienne a d'abord créé Short Works: 24 en 2002. Dans ces 24 brèves envolées de danse superbe sur la musique originale d'Owen Belton, elle livrait un portrait des danseurs dans leur état brut, tels qu'elle les percevait en ce début de relation artistique.

À ces fragments impeccables de grâce et d'agilité, deux autres sections chorégraphiques sont venues se greffer, dans lesquelles elle déconstruit la représentation pour ensuite multiplier les effets spectaculaires qui garantissent souvent le succès populaire et qu'elle n'hésite pas à tourner en dérision.

Tantôt dépouillées au point de révéler les jeux de coulisse, tantôt bardées de références au kitsch de pacotille et à la démesure des mégaproductions de Broadway (perruques, bas résille, faux animaux sur scène), ces dernières scènes multiplient les questions lancées au public avec humour. Y a-t-il une vérité scénique? L'authenticité artistique rime-t-elle toujours avec l'échec populaire? Peut-elle rivaliser avec le spectaculaire? Le goût du public pour les coups d'éclat dicte-t-il les choix artistiques? En bout de course, l'intelligence gestuelle et théâtrale triomphe du faux-semblant.

«Ce sont des pièces à propos du public, des regardeurs, disait encore Crystal Pite quelques jours avant la première montréalaise. J'ai entretenu une relation intéressante avec un spectateur imaginaire. C'est la première fois que je fais de ce regardeur le sujet principal d'une pièce. Habituellement, on ne veut pas en tenir trop compte comme créateur, mais ici, c'est devenu une obsession.»

Le triptyque cristallise aussi la lente métamorphose de la relation entre la chorégraphe et ses danseurs, entre le créateur et son oeuvre, et, parallèlement, entre la directrice artistique et sa compagnie. Car Crystal Pite fondait sa compagnie Kidd Pivot la même année (2001) où elle amorçait la résidence aux bjm. En retour, les danseurs de la troupe montréalaise

se donnent généreusement dans cette pièce qui reflète bien leur polyvalence et leur rigueur.

L'artiste a également créé des oeuvres pour le Ballet Jörgen, l'Alberta Ballet et le Ballet of British Colombia au sein duquel elle a dansé pendant huit ans. Son talent s'est affiné et affirmé à l'occasion d'un séjour dans les rangs du prestigieux Ballett Frankfurt dirigé par William Forsythe, de 1996 à 2001.

Depuis sa création, The Stolen Show a voyagé au Canada, aux États-Unis et en Europe, où elle a reçu un accueil enthousiaste. La reprise montréalaise annonce une nouvelle série de tournées au Québec, au Canada, en France, en Italie et aux États-Unis.

Comme si tout cela ne suffisait pas, l'artiste reviendra sur la scène de la métropole au printemps pour livrer Double Story, deux duos créés et interprétés avec son comparse Richard Siegal, un autre ex-membre du Ballett Frankfurt.

The Stolen Show [xspectacle]

Du 23 au 26 novembre

à la salle Pierre-Mercure