Danse - Du plaisir à revendre

Le Festival international de Danse encore de Trois-Rivières entre de plain-pied dans la fête. Le plaisir contagieux qui l'anime chaque année depuis dix ans a eu raison de sa formule compétition, si bien qu'il multiplie les spectacles professionnels pour grand public et concentre ses activités sur quatre jours, du 9 au 12 juin, accédant ainsi au statut d'événement majeur.

«La formule à dix jours plafonnait, explique la directrice Claire Mayer. On a le mandat de promouvoir la danse sous toutes ses formes et de développer le public. Il fallait cibler d'autres clientèles.» L'événement ratisse donc encore plus large, s'ouvrant graduellement aux danses du monde, offrant une vitrine à la danse de pointe comme aux productions plus commerciales. L'augmentation des fonds publics de la Ville et du tourisme ainsi qu'une nouvelle commandite de Bell lui permet ce remaniement.

Le volet de développement et formation autour duquel s'est construite la notoriété du festival demeure, mais il glisse au rang des activités connexes. Il a permis jusqu'ici d'attirer quelque 15 000 danseurs amateurs et professionnels venus du Québec, du Nouveau-Brunswick et du nord des États-Unis pour suivre les classes de maîtres reconnus dans tous les champs de la danse classique et jazz. Les soirées Galas continuent de rallier des compagnies de tous styles, du jazz au classique en passant par le hip-hop.

Nouveaux volets

Mais plusieurs nouveaux volets font leur apparition. Ainsi, une série de spectacles de danse plus contemporaine est présentée tout au long du week-end. Pour la première mouture de cette série, des habitués de Danse encore reviennent avec de nouvelles chorégraphies. L'ex-danseur des Grands Ballets canadiens et désormais chorégraphe Shawn Hounsell présente un «collage de petites oeuvres» qu'il a créées, précise-t-il au Devoir. Parmi celles-ci figure un quatuor formé de prestigieux danseurs anciens ou actuels des GBC: l'étoile Anick Bissonnette, Mario Radacovski et Amanda Cyr.

«C'est une collaboration que j'apprécie toujours beaucoup, confie le jeune chorégraphe, qui participe à l'événement depuis environ cinq ans. C'est le plaisir de la rencontre avec des collègues et du partage de notre expérience avec les jeunes. On assiste à la naissance de la prochaine génération de danseurs.»

La compagnie néerlandaise Memento Dance, enracinée dans les techniques de jazz Simonson et de Pilates de sa fondatrice et directrice Marjon van Grunsven, propose une création en collaboration avec les danseurs de la troupe trifluvienne L'Astragale. De Toronto, la jeune compagnie ProArteDanza, dirigée par Roberto Campagnella, convoque quelques-uns des meilleurs interprètes issus du Ballet national.

Toujours dans une veine plus contemporaine, Cas public, dirigé par Hélène Blackburn, baptise le volet jeune public avec la très belle pièce Barbe bleue, librement inspirée du conte. La traditionnelle soirée-hommage (consacrée l'an dernier à l'étoile du ballet canadien Evelyn Hart) est remplacée par les Soirées Mondor les 9 et 10 juin. qui convient des artistes majeurs d'ici et d'ailleurs. Cette année, les danseurs du spectacle de Céline Dion à Las Vegas profitent d'une pause estivale pour offrir une production inédite. Au sein de la troupe figurent certains anciens danseurs des GBC, dont Paulo Santos et Naomi Stikeman, qui fut aussi la muse d'Édouard Lock. La soirée s'ouvre avec une performance de claquettes de la compagnie texane Tapestry Dance.

Mais le rendez-vous de Trois-Rivières accroît surtout sa dimension festive déjà fortement ancrée dans la ville. À chaque soir son party à thème: du disco au hip-hop en passant par le latino. Avec ce pot-pourri de genres qui rejoignent le public le plus vaste possible, Danse encore a certes trouvé la recette de la popularité, si bien que 30 000 festivaliers débarquent chaque année.

«C'est la célébration de la danse avec un grand D, aime à rappeler Claire Mayer. Je ne vise pas un genre en particulier.» Une étude en 2003 démontrait que le festival attire le plus grand nombre de touristes dans la région, avec 1,5 million de dollars en retombées économiques. Le Grand Prix de Tourisme Québec venait confirmer la chose l'an dernier. «Ça change complètement la ville», commente à ce sujet Shawn Hounsell, qui se réjouit de la contribution de l'événement au milieu de la danse. Des projets pour transplanter la formule de ce festival ailleurs aux États-Unis et en Europe sont même en cours.

Collaboratrice du Devoir