Danse - Impressions fugitives

Paola de Vasconcelos maîtrise l'art de faire dialoguer la parole du théâtre et la poésie muette des corps. Au coeur de la dernière pièce de la compagnie Pigeon International (PI), Cinq heures du matin, elle convie aussi la superbe photographie de Serge Clément, pleine de clairvoyance, qui parcourt les contrées de la Terre.

En fait, la discrétion du jeu et de la danse rend d'abord hommage aux images, autonomes et pleines de sens, une sobriété tout à fait appropriée, même si la performance se disperse un peu en cours de route. Les musiques choisies font bel écho aux paysages et aux scènes de vie des quatre coins du monde qui défilent sur écran géant, de même qu'au spleen que sécrètent les personnages.

Devant les immenses clichés, une femme photographe (Violette Chauveau) se livre à un thérapeute (Bruno Schiappa). Elle parle de son dégoût à nommer les choses, du désir de s'effacer derrière elles, comme elle le fait dans son métier, de son insomnie et de son amour à distance avec un homme qui vit à New York. Elle semble porter tout le poids de l'humanité, de sa beauté comme de ses erreurs, que le psychologue tente d'alléger un peu.

Cinq heures du matin: c'est l'heure où elle finit par s'endormir, rassurée par le jour qui se lève inlassablement, déferlant sur ses vaines inquiétudes, petites poussières d'humanité balayées par l'éternel retour. Le dialogue entre les deux personnages, très beau dans sa lenteur et son dépouillement essentiel, accompagne bien les photographies. Mais il prétend toutefois par moments à une profondeur qui n'advient pas toujours. Et alors, même la danse, impressions belles et fugaces qui alternent avec le dialogue, illustre le discours plus qu'elle n'y supplée. Dans ces interstices, toutefois, les photos reprennent la place qui leur revient.

Quand la danse devient soudain jubilation généralisée, on s'y perd pourtant. Veut-on rappeler que ces êtres mélancoliques sont aussi capables de fête? Le poème final, tiré de l'oeuvre de Fernando Pessõa, pose un verdict déjà esquissé qui tranche par sa gravité avec l'humeur impressionniste de la pièce.

Les productions de PI ont souvent le pouvoir de plonger le spectateur dans un espace-temps poétique, un non-lieu ou plutôt un lieu essentiel, celui de l'être — humain, avalé par son désir et sa solitude infinie. Mais depuis Babylone, il y a deux ans, début d'une (trop?) ambitieuse Trilogie de la Terre, la compagnie tente, parfois difficilement, de faire le tour de l'expérience humaine. L'errance lui va mieux que les destinations multiples.