Plaisir cinétique

Un flux de mouvements ininterrompus dans un environnement sonore chargé attend les spectateurs à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

On est d'emblée soufflé par la grande précision des gestes qui animent les six danseurs de Lumière, dernière création de Paul-André Fortier. Tels des atomes, ceux-ci fendent l'espace de leurs mouvements dans un enchaînement de solos, duos, trios et quatuors plantés dans un environnement visuel géométrique que délimite la lumière.

La gestuelle, surtout celle les bras — une signature propre au chorégraphe — s'avère par moment d'un formalisme qui détonne avec la musique techno très contemporaine d'Alain Thibault. Les jeunes danseurs semblent d'ailleurs se fondre plus aisément dans le tempo électronique que les interprètes plus matures. Mais on se réjouit d'assister à cet entrecroisement de générations (les danseurs ont entre 27 et 57 ans), et donc de caractères distincts, que le chorégraphe a voulu provoquer pour cette pièce de groupe.

D'ailleurs, le duo entre le jeune Manuel Roque et la danseuse plus mature Sandra Lapierre figure parmi les plus beaux moments de la pièce. On y trouve à la fois l'énergie brute, puissante de la jeunesse et la charge de sens qu'imprime au geste l'expérience. Autre très belle rencontre, celle du chorégraphe quinquagénaire, qui intervient à plusieurs reprises dans la pièce, avec la jeune Audrey Thibodeau: ils font corps malgré l'âge qui les sépare. Par le fait même, on découvre la fibre proprement citadine que le chorégraphe a souhaité dépeindre dans cette pièce: des rapports multiples, qui se nouent au gré d'un rythme trépidant, brefs, presque sans contacts, mais intenses.

Visuellement, le choix des costumes plutôt classiques jure avec la dynamique très actuelle et urbaine de Lumière, bien que la couleur rouge dominante jette une agréable chaleur sur la chorégraphie de prime abord très mathématique. Les carrés de tissus blancs et gris suspendus en fonds de scène et les images semblables à des nuages qu'on y projette constituent un décor tout à fait désigné, qui laisse entière place au plaisir du mouvement. À ce titre, il s'agit probablement d'une des pièces marquantes du chorégraphe québécois, d'un équilibre de composition et d'une architecture assez étonnantes.