Ballet Broadway à la Russe

C'est un ballet d'une rare intensité dramatique que nous a servi le Ballet Eifman de Saint-Pétersbourg, à l'invitation des Grands Ballets Canadiens. La Giselle rouge combine la grande tragédie romantique, le déploiement éblouissant à la Broadway et la fascination du récit historique. Le tout est déployé avec une précision sidérante de la part de la troupe d'une trentaine de danseurs, malgré quelques petites bavures techniques. Même les plus réfractaires au pathos du ballet sont confondus.

Créé en 1997, le ballet raconte l'histoire troublante d'une descente aux enfers, celle d'Olga Spessivtseva, la plus grande ballerine romantique du dernier siècle. On y suit l'ascension de la danseuse, rompue à de l'École de Saint-Pétersbourg au début du 20e siècle, et le bouleversement politique et esthétique que provoque la révolution soviétique. Un amour torturé avec un tchékiste (ex-KGB) la brise peu à peu; la pression du régime commence à flétrir son art. Elle décide alors de s'exiler au Ballet de l'Opéra de Paris où on lui offre de danser Giselle. Mais sa passion non réciproque pour un danseur la fera sombrer dans la folie.

Le public est transporté d'un univers esthétique à l'autre: du ballet traditionnel à l'exubérance des danses plus folkloriques ou jazz, puis à la frénésie des années folles en France. Les danseurs passent de l'un à l'autre avec une aisance étonnante. Le ballet Giselle, récit d'une chute amoureuse, et la vie d'Olga convergent ingénieusement. Seule ombre au tableau: une première danseuse qui ne semble pas toujours à la hauteur du mythe de l'héroïne romantique qu'elle incarne. Le style affecté et hyper dramatisé du ballet est tempéré ici par une certaine modernité gestuelle. Le chorégraphe et directeur de la troupe fondée en 1977, Boris Eifman, est d'ailleurs reconnu pour avoir renouvelé le ballet russe. Du 7 au 9 avril à Wilfrid-Pelletier.

Naissances

Dans un tout autre ordre esthétique, Aura de Stéphane Gladyszweski combine magnifiquement la danse et les projections vidéo. On assiste à une série de naissances où les danseurs enfantent leur alter ego virtuel et vice-versa. Êtres de chair et de lumière s'enlacent et se confondent d'une manière fascinante. Chose rare dans ces mariages, la technologie rehausse la poésie de la performance. Les corps nus donnent texture aux images de synthèse tandis que celles-ci exacerbent la beauté de la vie organique. Un artiste à suivre. Du 7 au 10 avril à Tangente.