Un «Casse-noisette» transatlantique

Chléa en préparation de Casse-noisette (Valse des fleurs) au Ballettschule Theatre Basel, à Bâle, en Suisse
Photo: ​Ballettschule Theater Basel Chléa en préparation de Casse-noisette (Valse des fleurs) au Ballettschule Theatre Basel, à Bâle, en Suisse

Chléa a 17 ans, Hailey, 15 ans, et elles s’apprêtent à vivre un Noël plutôt original : passionnées de danse, les deux soeurs interpréteront toutes les deux des rôles dans le fameux ballet Casse-noisette, mais une sera à Montréal et l’autre, à Bâle, en Suisse. Un rêve qui amène tout de même son lot de défis pour la famille.

« Nous, on est juste l’équipe de soutien. On fait en sorte qu’elles puissent aller dans les écoles et faire les projets qui les allument », explique Dave Giguère, père de Chléa et Hailey. En effet, depuis leur plus jeune âge, les jeunes filles ont montré un fort intérêt pour la danse. Un milieu qui était complètement inconnu des deux parents, mais qui est rapidement devenu leur quotidien. « Je n’ai jamais dansé, mais mes filles, déjà à deux ans, elles dansaient ! Dès qu’on a vu qu’elles aimaient vraiment ça, on a commencé à les amener à des cours de danse, et à des spectacles », se souvient Annie Robitaille. En effet, la famille s’est vite construit une tradition : aller voir Casse-noisette chaque année.

Depuis quelques années maintenant, ce sont les deux soeurs qui interprètent cette célèbre pièce au sein des Grands Ballets canadiens. Mais cette année, ce sera différent. Chléa a intégré une grande école professionnelle de ballet, le Ballettschule Theatre Basel, à Bâle, en Suisse. « C’est mon rêve de danser en Europe et d’y commencer ma carrière professionnelle », raconte la jeune fille de 17 ans.

Parallèlement à sa formation à l’École supérieure du ballet du Québec dans laquelle elle est inscrite depuis sa Ve secondaire, Chléa a en effet décidé de passer les auditions pour plusieurs écoles de danse professionnelle en Europe, et cela a payé. En septembre dernier, elle déménage en Suisse, accompagnée de sa mère. « Je n’envisageais pas que Chléa parte aussi tôt de la maison, confie Annie Robitaille.

Depuis qu’elles ont 8 ou 9 ans, elles dansent 30 heures par semaine environ.

Au début, c’était un peu difficile, mais elle adore vraiment ça, elle est heureuse, et c’est tout ce qui compte. » Même émotion du côté de Hailey, qui partageait sa chambre avec sa grande soeur jusqu’à maintenant. « Quand j’ai su qu’elle partait, j’étais vraiment triste, mais maintenant ça va mieux », raconte la jeune fille de 15 ans.

Pour qu’elle se sente « comme à la maison », la famille a installé un système de caméra, toujours connectée. « Chléa peut voir ses chiens comme ça et, si on est dans le coin, on passe lui dire allô », explique Annie Robitaille, professeure à l’Université d’Ottawa qui arrive à gérer son temps pour rester présente pour ses filles « le plus possible ».

Dave Giguère aussi de son côté « remercie » la technologie d’exister. « Ça nous permet de rester ensemble malgré la distance », ajoute celui qui travaille chez Google à Montréal.

Une famille soudée et pleine de projets

Quand Chléa et Hailey sont « tombées en amour » avec la danse, Dave Giguère et Annie Robitaille ont tout de suite tout mis en place pour que leurs rêves se réalisent. À travers leurs nombreux déménagements, à Toronto, à Ottawa et à Montréal, ils ont toujours trouvé des écoles de danse pour que les filles « s’épanouissent et s’améliorent ». « Depuis qu’elles ont 8 ou 9 ans, elles dansent 30 heures par semaine environ », raconte M. Giguère. Le fait que leurs filles aient choisi l’art, et la danse, comme carrière « n’a jamais posé aucun problème ». « On ne s’est jamais questionnés sur leur choix. Si elles ont cette carrière et qu’elles sont heureuses, tant mieux ! » ajoute Mme Robitaille.

En 2018 et 2019, Chléa participe à la 1re et à la 2e édition de l’émission de danse Révolution, diffusée sur TVA. Elle atteint deux fois l’étape des Face-à-face et reçoit le titre du meilleur espoir lors de la première saison. Une expérience qui lui a donné « de la visibilité ». « Ça m’a ouvert des portes et des contacts dans le milieu de la danse, mais maintenant, je m’en sers un peu moins. J’ai un peu quitté le monde compétitif pour plonger dans le monde professionnel », raconte-t-elle.

Chléa et Hailey désirent toutes les deux faire une carrière en danse et rêvent d’intégrer une compagnie de ballet ou de danse contemporaine. « Plus tard, quand je ne pourrai plus danser, j’aimerais aussi devenir chorégraphe et, encore après, enseigner la danse », s’imagine Chléa qui poursuit aussi à distance ses études secondaires au Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, associé à l’École supérieure de ballet du Québec (ESBQ). Hailey, de son côté, fait beaucoup d’efforts pour réussir à l’école, « au cas où ça ne fonctionnerait pas ». « J’aimerais peut-être aller à Londres pour danser ou sinon intégrer une compagnie qui voyage dans le monde, comme les Ballets jazz de Montréal par exemple », confie-t-elle.

Pour les deux jeunes artistes, la danse est « nécessaire » à leur vie. « Parfois, je suis fâchée ou je ressens quelque chose, et ça me permet de sortir mes émotions. La danse m’aide à m’exprimer », raconte Hailey. Pour Chléa, la danse est aussi un moyen d’expression. « Ça me fait ressentir toutes sortes d’émotions, puis j’adore rentrer dans des personnages et vivre de belles expériences avec d’autres danseurs et danseuses. Ça me fait voir le monde différemment », explique-t-elle.

En décembre, après avoir dansé dans les scènes de la « Danse des Flocons » et de la « Valse des Fleurs » du spectacle annuel Der Nussknacker à Bâle, Chléa partira en Israël pour cinq jours lors du YAGP International Contemporary Youth Ensemble, où elle a été invitée, avec 30 autres danseurs dans le monde, avant de rejoindre sa famille à Montréal et de voir Hailey interpréter la Matriochka dans le Casse-noisette montréalais qui se jouera jusqu’au 30 décembre prochain.

La jeune fille poursuit sa scolarité et la danse à temps plein à Montréal et ne prévoit pas pour la prochaine année auditionner ailleurs.


Casse-Noisette

Les Grands Ballets canadiens. Jusqu’au 30 décembre à la Salle Wilfrid-Pelletier.

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