Le talent québécois et la culture afro à l’honneur dans le jeu vidéo «Just Dance 2023»

Pour la création chorégraphique, Ubisoft a laissé « carte blanche » à Angie Augustin, lui suggérant seulement quelques chansons.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Pour la création chorégraphique, Ubisoft a laissé « carte blanche » à Angie Augustin, lui suggérant seulement quelques chansons.

Après avoir collaboré, l’an dernier, avec la jeune danseuse de Québec Enola Bedard, Ubisoft revient cette année avec son fameux jeu vidéo Just Dance et engage à nouveau le talent québécois. Pour la première fois au Canada, le célèbre jeu de danse intègre une chorégraphe, danseuse et influenceuse afrodescendante, Angie Augustin, plus connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Citron Rose. Elle a créé de toutes pièces une chorégraphie de style afro qui sort le 22 novembre 2022. Une façon pour l’entreprise de jeu vidéo de mettre en lumière des danses encore méconnues.

« C’est vraiment une fierté de faire partie de ce jeu. Tout d’abord, parce que je suis la première influenceuse à avoir pu créer une chorégraphie de A à Z, et aussi parce que ça permet de mettre en lumière une danse qui me tient à coeur et qui gagne à être plus connue », déclare Angie Augustin, qui joue elle aussi à Just Dance depuis de nombreuses années, entourée de ses frères et soeurs.

D’origine haïtienne, Angie Augustin est née et a vécu toute sa vie à Montréal. Ce n’est qu’à l’âge de 21 ans qu’elle se tourne vers la danse, professionnellement. « Petite, je n’ai pas eu accès à des formations dans des académies ou à des programmes particuliers », rapporte-t-elle. Ainsi, elle se forme d’abord en autodidacte, puis, en 2017, elle décide d’aller suivre des cours de niveau professionnel. Parmi ses professeurs, on retrouve notamment Andy Michel, Melo ou encore Loïc Reyel, qui est par la suite devenu son partenaire de danse. Rapidement, elle « tombe amoureuse » du style afro. « Ça a poussé ma curiosité, j’ai continué à me former avec Internet, des tutos, des classes… » ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, Angie Augustin est une des principales danseuses de la rappeuse Sarahmée. Elle monte aussi sur scène lors des festivals d’été, pour de premières parties de concerts, et tourne parfois dans des vidéoclips.

En plus de son métier de danseuse, Angie Augustin s’est tournée vers la création de contenu. Une voie qui lui permet de vivre de ses passions depuis un an environ. « Mes plateformes me permettent de mettre en avant deux de mes univers, explique-t-elle. En premier lieu, la danse, notamment sur mon compte Instagram, puis l’humour, que j’utilise surtout sur TikTok. J’aime bien raconter des petites anecdotes de la vie pour donner le sourire à ceux qui me suivent. »

L’an dernier, l’influente Québécoise avait participé à la campagne promotionnelle de Just Dance 2022. « J’ai fait deux vidéos pour [la campagne]. C’est l’fun, c’est coloré comme jeu, et c’est le seul en son genre en danse, alors ça me rejoignait totalement », assure-t-elle. Elle confie ensuite à son agente qu’elle « adorerait » chorégraphier pour la prochaine édition. « On n’en a jamais parlé à Ubisoft, et quelques mois plus tard, il m’appelait ! » relate-t-elle, encore surprise.

Un processus pas comme les autres

Pour la création chorégraphique, Ubisoft a laissé « carte blanche » à Angie Augustin. L’entreprise lui a juste suggéré quelques chansons ; c’est finalement Woman de Dojo Cat qu’elle a choisie. « Je trouvais qu’il y avait de bonnes bases afros dans ce son, ça m’a inspirée. »

Pendant plusieurs semaines ensuite, elle a élaboré les pas de danse, en s’inspirant de plusieurs styles. L’artiste a dû soumettre quatre ou cinq versions avant d’arriver à un produit final. En effet, construire cette chorégraphie a soulevé plusieurs défis. « J’ai l’habitude de créer, mais là, c’était vraiment différent, exprime-t-elle. Oui, il faut que ce soit divertissant, mais il faut aussi que l’on soit en mesure de capter mes mouvements, qu’ils soient donc faits d’une certaine manière ».

Ainsi, la jeune femme a dû « décrypter » davantage sa gestuelle pour rentrer dans le canevas nécessaire au jeu. « Au bout du compte, la chorégraphie finale ressemble beaucoup à ma version originale, mais adaptée entièrement au jeu. Pour respecter les cultures afros, on a fait attention à ce que les mouvements exécutés soient bien faits ; on a fait des essais-erreurs puis on a trouvé de bons compromis. C’était vraiment pointilleux », poursuit-elle.

Une danse d’affirmation de soi

Pour l’artiste montréalaise, il était très important de mettre en avant le style afro. Non seulement car c’est sa spécialité, mais aussi parce qu’elle pense que c’est un style qui doit être davantage reconnu. « L’afro, ce n’est pas un style à part entière, c’est une famille de styles. Il y a une cinquantaine de pays en Afrique, et chacun a sa couleur, sa culture, ses styles de musique et donc des danses qui leur sont rattachées, explique-t-elle. Mon afrodance s’inspire beaucoup de l’afrobeat [Nigeria], du coupé-décalé [Côte d’Ivoire] ainsi que du ndombolo [Congo]. » Elle ajoute que d’autres styles sont importants à connaître, comme l’afrohouse de l’Angola, le bikutsi du Cameroun ou encore l’amapiano de l’Afrique du Sud.

Angie Augustin enseigne aussi le mouvement, notamment à travers des cours de danse afro pour les femmes. « L’idée, c’est de réunir un groupe de femmes de tous les niveaux — il n’y a pas de niveau dans mes cours — et d’offrir une expérience. Je pense que l’afro permet de (re)prendre possession de son corps, de se reconnecter à lui », exprime-t-elle.

Selon elle, les réseaux sociaux mettent beaucoup de pression, notamment sur les femmes, en présentant des idéaux de beauté difficiles à atteindre. « On est bombardés d’images retouchées, mais même si on le sait, ça nous affecte. C’est difficile de s’accepter tel qu’on est. La danse est un langage et elle permet d’extérioriser la négativité et de prendre le contrôle de notre corps pour l’aimer davantage », dit-elle. Angie Augustin espère donc que le jeu Just Dance pourra lui aussi transmettre ses valeurs d’affirmation de soi. « Tout comme mes cours, c’est accessible à tout le monde, donc ça démocratise la danse », conclut-elle.

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