Ressouder le lien mère-enfant

Un atelier de Danse contre la violence
Photo: Danse contre la violence Un atelier de Danse contre la violence

Fondé à New York, le projet Danse contre la violence s’implante dès 2010 à Montréal grâce à l’initiative d’Amélie Dionne-Charest, fille de l’ex-premier ministre du Québec Jean Charest. Intéressée par ce type d’approche au Québec, elle développe un partenariat avec la danseuse, chorégraphe et directrice artistique Kathy Casey et d’autres acteurs du milieu communautaire.

En 2018, les ateliers offerts aux femmes victimes de violence conjugale ont été ouverts à leurs enfants. L’objectif étant de regagner une forme de sécurité à travers le jeu et la danse. « Ça a bien évolué l’année d’après, on les a mis en place chez deux partenaires [des maisons d’hébergement]. En 2019-2020, il y a eu la pandémie et ça a stoppé net notre envolée par rapport à ce projet », précise Christine Charles, coordonnatrice de production à Mont-réal Danse et responsable du programme Danse contre la violence.

À travers la danse et la relaxation, le projet s’articule autour de quatre objectifs : redéfinir le corps comme un lieu de confort et de sécurité, redonner aux femmes la possibilité de prendre leurs propres décisions, redonner aux femmes la confiance envers les autres et enfin leur offrir l’occasion d’imaginer un avenir meilleur à travers la créativité. L’initiative s’adresse aussi aux femmes qui subissent d’autres formes de violence telle que de la violence sexuelle, genrée, raciale, ou encore aux prises avec des problèmes d’itinérance, de santé mentale ou de toxicomanie.

Jeu d’enfant et adaptations pandémiques

Les ateliers de danse mère-enfant se construisent par le jeu, le divertissement et l’écoute. « On commence par se réchauffer, se rencontrer, comme on fait pour les ateliers avec les femmes, on va utiliser beaucoup plus d’images pour se mettre en mouvement et activer le corps. Ensuite, on va vers des exercices qui demandent plus de créativité, d’invention », explique la danseuse-modératrice, Rachel Harris. Le temps d’un moment, un lien se crée, une ambiance de détente et de joie se dessine peu à peu. « C’est particulier parce qu’elles sont dans une situation de crise aiguë et elles ont beaucoup de choses à régler. Avant de partir de leur foyer problématique, souvent, elles étaient stressées et aussi dans un mécanisme de protection, non dans un état de jouer avec leur enfant », constate Rachel Harris.

Malgré la pandémie de COVID-19, les deux projets de Danse contre la violence parviennent à subsister, mais ils ont dû composer avec les contraintes sanitaires dans des espaces souvent limités et maintenir le contact avec les résidentes de certaines maisons d’hébergement, ajoute Christine Charles. Pour pallier la situation, des ateliers virtuels ont été créés afin de sortir les femmes de leur isolement.

« Les ateliers virtuels ont été comme des bouées de sauvetage pour pas mal d’entre elles. Ça a permis d’une part de poursuivre le cheminement vers leur rétablissement à travers un moment de bien-être régulier et en plus de briser leur isolement », soutient Christine Charles.

Ça nous nourrit beaucoup de pouvoir partager nos connais-sances du corps et de l’imagi-nation, de manière très concrète avec des gens qui en ont vraiment besoin

 

Malgré les adaptations, le taux de participation a tout de même baissé depuis 2020. L’équipe de Danse contre la violence compte non seulement sur la reprise complète des activités en présentiel chez les anciens partenaires qui sont essentiellement des maisons d’hébergement, des centres communautaires, mais aussi des centres de femmes comme le centre des femmes de Montréal-Est–Pointe-aux-Trembles. L’organisme veut aussi développer de nouvelles collaborations. Montréal Danse a aujourd’hui sept partenaires réguliers, des maisons d’hébergement, mais aussi des centres communautaires et des groupes scolaires.

Danseuse depuis 30 ans et modératrice pour l’organisme, Rachel Harris continue de donner quelques cours en ligne même si ceux en présentiel reprennent peu à peu. Pour elle, les nouvelles dispositions mises en place pendant la pandémie ont offert une autre option aux ateliers de danse mères-enfants. « On a fait des ateliers par Zoom, ce qui fait que les enfants participaient un peu avec leur maman. La dynamique était très différente parce qu’ils étaient chez eux, ils rentraient, ils sortaient de la pièce, allaient jouer et revenaient à l’atelier », raconte, amusée, Rachel Harris.

Retrouver le contrôle

À la suite d’une situation de violence conjugale, le corps et l’esprit sont souvent blessés, les femmes ont peur et sont mal dans leur corps. Les ateliers tentent d’apporter un peu de sécurité et de détente pour ces femmes et leurs enfants qui sont les victimes collatérales. « Souvent, ce qu’on entend c’est qu’on retrouve son corps comme un lieu de sécurité et non comme un lieu de bataille », constate Mme Harris.

Rachel Harris enseigne avec passion au sein de Danse contre la violence et se réjouit de pouvoir offrir à ces femmes des outils pour se détendre, réapprendre à s’écouter, mais aussi s’amuser et se connecter à leur pouvoir créatif. « Ça nous nourrit beaucoup de pouvoir partager nos connaissances du corps et de l’imagination, de manière très concrète avec des gens qui en ont vraiment besoin. Danse contre la violence serait bénéfique pour tout le monde, pas seulement les gens en crise », confie Rachel Harris.

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