«DIANA ROSS DREAM»: instinct créatif

Dans «DIANA ROSS DREAM», «il y a une variété de structures chorégraphiques. Dans certaines, le mouvement est très déterminé ; dans d’autres, il est plus libre», explique Aisha Sasha John. En effet, elle utilise beaucoup l’improvisation sur scène pour elle et son partenaire, Devon Snell.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Dans «DIANA ROSS DREAM», «il y a une variété de structures chorégraphiques. Dans certaines, le mouvement est très déterminé ; dans d’autres, il est plus libre», explique Aisha Sasha John. En effet, elle utilise beaucoup l’improvisation sur scène pour elle et son partenaire, Devon Snell.

Suivre son intuition, créer à partir d’un rêve… C’est ce qu’a décidé de faire Aisha Sasha John avec sa toute première oeuvre de groupe, Diana Ross Dream, présentée du 29 septembre au 1er octobre à La Chapelle Scènes contemporaines. Native de Montréal, Aisha Sasha John a été formée à la danse folklorique des Caraïbes, à diverses danses éthiopiennes et congolaises et aux techniques d’improvisation occidentales auprès de plusieurs professeurs. Aujourd’hui, elle voit sa création comme « une multitude d’occasions d’action d’amour réelles ».

Aisha Sasha John commence sa carrière en 2004 avec la troupe de danse Nouvel Exposé, maintenant appelée Jaivah, avec laquelle elle présente des pièces de danses traditionnelles éthiopiennes et congolaises. La création vient ensuite « naturellement vers elle ». « Je n’ai jamais décidé de créer ; je veux vivre, je veux être libre, je veux aimer, voilà ce qui m’inspire », dit-elle.

En 2015, alors qu’elle passe le mois de juillet à Montréal, elle fait un rêve. « Je voyais Diana Ross sur Broadway au centre d’une mer de danseurs noirs, tous habillés en or rose, se souvient-elle. Par la suite, j’ai compris que c’était une version de la scène “Emerald City” dans le film The Wiz, dans lequel Diana Ross jouait Dorothy. » Un rêve qui n’est pas survenu par hasard. « J’ai joué dans la version scénique de The Wiz au lycée. J’étais la méchante sorcière. La musique de ce spectacle est donc profondément ancrée dans ma psyché », raconte Aicha Sasha John.

Elle décide alors d’écouter son instinct et de commencer une nouvelle pièce, notamment grâce au soutien de l’organisation Dancemakers à Toronto. « Je viens de terminer une résidence chorégraphique de trois ans avec eux. On a passé deux ans à créer une oeuvre d’ensemble et un an sur un projet solo, explique-t-elle. Ainsi, avec le soutien de Dancemakers, j’ai commencé mon travail sur DIANA ROSS DREAM l’an dernier. »

Pour cette nouvelle création, Aisha Sasha John décide pour la première fois de créer pour un groupe. « Ça s’est très bien déroulé, j’ai l’impression d’apprendre la même leçon tout au long de ma vie : que je peux faire confiance à mon intuition et que je dois faire confiance à mon intuition », affirme-t-elle.

« Réconfort »

Pour Aisha Sasha John, DIANA ROSS DREAM évoque « le retour à la maison », un thème qu’elle a déjà mis en avant dans sa dernière création solo, The Aisha of Oz, où elle s’identifiait « au désir de Dorothy de rentrer chez elle ». « J’ai compris que la notion de foyer m’était inaccessible : le déplacement que je vis sur les plans social, politique et personnel est total. En tant que personne d’origine afro-caribéenne, la rupture de la violence coloniale et de l’esclavage signifie pour moi qu’il n’y a pas d’Afrique où retourner. La Côte-des-Neiges des années 1980, où toutes les classes de mon école primaire étaient composées à 98 % d’Afro-Caribéens, n’existe plus. De plus, je suis bannie de la maison de mes parents depuis 2004 à cause de la maladie mentale de mon père, confie-t-elle. Je suis donc coincée à “Oz”. »

La danse lui procure un « réconfort, une solution » à ce cul-de-sac. « Je continue à danser pour rentrer à la maison. La maison est le rythme, la maison est mon corps, la maison est le présent », ajoute-t-elle.

Avec DIANA ROSS DREAM, l’artiste travaille encore une fois sur les mêmes questionnements, et les approfondit. « Mais cette fois, la réponse se trouve dans la communauté. » Elle considère aussi cette pièce comme « une cérémonie d’entrée en guérison ». « Que se passerait-il si Dorothy et ses amis devaient rester à Oz pour toujours ? Quelle est la cérémonie du déplacement ? Quel est le foyer que nous créons dans notre appartenance ? demande-t-elle. Ainsi, dans le rêve de Diana Ross, les cérémonies de l’unité, du rythme et de l’arrivée, la complainte et l’expression ritualisées constituent une pratique spirituelle nécessaire. »

Mélange d’inspirations

Pour Aisha Sasha John, la danse est un art de « relations ». « Je veux faire et voir des conversations incarnées, des danses qui naissent de l’attention amoureuse que l’on porte à nos sens, à nos collègues sur scène, au public, à l’espace, décrit-elle. J’ai travaillé sur l’hypothèse que l’amour est l’acte de prêter une attention sincère. Ainsi, nous pratiquons l’amour dans DIANA ROSS DREAM, et le travail est une pratique de l’amour. »

Quel que soit le véhicule de création, la créatrice « se laisse porter ». « J’essaie d’être à la fois minutieuse et flexible. Une grande partie du matériel dont je suis vraiment satisfaite est le produit de l’oubli de l’image d’ensemble pour répondre à une impulsion momentanée tout en ne renonçant jamais à un élément central qui est timidement en train de se réaliser », explique-t-elle.

« Il y a une variété de structures chorégraphiques. Dans certaines, le mouvement est très déterminé ; dans d’autres, il est plus libre », explique Aisha Sasha John. En effet, elle utilise beaucoup l’improvisation sur scène pour elle et son partenaire, Devon Snell. « On réagit à plusieurs partitions. En tant que chorégraphe, je travaille sur la nature de ces partitions, sur les limites que nous devons imposer pour pouvoir interrompre nos schémas et accéder à l’inconnu », déclare-t-elle.

L’artiste a aussi puisé dans son autre pratique artistique : la poésie. En effet, elle a pour habitude de travailler sur les mêmes préoccupations à travers ces deux formes d’art. « Ainsi, parfois, je peux me référer à la poésie pour expliquer ce que j’essaie de faire en danse », explique la diplômée d’une maîtrise en création littéraire de l’Université de Guelph. Cet amour pour les lettres est venu d’ailleurs très tôt teinter sa vie. « J’avais un père très strict qui m’interdisait de regarder la télévision ou de parler au téléphone. Je n’avais pas d’amis dans mon quartier. Cet isolement a engendré une sérieuse pratique de la danse et de la lecture. J’allais aussi tous les dimanches dans une église pentecôtiste où les gens étaient remplis de l’Esprit et dansaient. J’ai compris ce qu’était l’énergie, l’abandon. Et la “performance” », se rappelle-t-elle.

La danse et la poésie, pour elle, sont deux pratiques qui demandent « une grande dévotion ». « Ce sont deux pratiques d’écoute. Toute ma vie artistique consiste à avoir une relation avec le Silencieux, c’est-à-dire des pratiques réceptives. Il faut écouter, attendre des instructions du vide », déclare-t-elle. Elle espère que ces diverses inspirations créeront un spectacle qui entrera en résonance avec l’auditoire. « J’espère que le public ressentira le genre d’expansion psychique que peut produire le témoignage d’une écoute dévouée », conclut-elle.

Diana Ross Dream

Chorégraphieet concept : Aisha Sasha John. Avec Aisha Sasha John et Devon Snell. Présenté par Danse-Cité en partenariat avec La Chapelle Scènes contemporaines. Au théâtreLa Chapelle, du 29 septembre au 1er octobre.

À voir en vidéo