Démocratiser le «streetdance», un festival à la fois

«Quand on parle de démocratiser le hip-hop, c’est important que ce soit les acteurs, celles et ceux qui connaissent les moeurs, les codes et les besoins de la communauté qui le fassent», souligne d’entrée de jeu Handy Yacinthe, un des ambassadeurs du streetdance au Canada et à l’origine du festival JOAT.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Quand on parle de démocratiser le hip-hop, c’est important que ce soit les acteurs, celles et ceux qui connaissent les moeurs, les codes et les besoins de la communauté qui le fassent», souligne d’entrée de jeu Handy Yacinthe, un des ambassadeurs du streetdance au Canada et à l’origine du festival JOAT.

Cette semaine, le Quartier des spectacles de Montréal se transforme en lieu de célébration de la culture hip-hop. Le festival JOAT (Jack of All Trades) débutera dès le 31 août, et un tout nouveau venu dans le paysage montréalais, le festival DISTRIX, alliera arts et sports urbains dès le 2 septembre. Rencontre avec les deux instigateurs de ces événements qui souhaitent rendre accessible le streetdance.

« Quand on parle de démocratiser le hip-hop, c’est important que ce soit les acteurs, celles et ceux qui connaissent les moeurs, les codes et les besoins de la communauté qui le fassent », souligne d’entrée de jeu Handy Yacinthe, un des ambassadeurs du streetdance au Canada et à l’origine du festival JOAT. Il est très important pour l’artiste de distinguer la culture hip-hop d’un amusement. « Oui, le hip-hop a le vent dans les voiles, mais certaines personnes manquent de connaissances culturelles sur le sujet. Le hip-hop, c’est une culture, un folklore et un art, pas du divertissement », insiste-t-il.

C’est d’ailleurs pour ces raisons que, dès les débuts de JOAT, en 2014, M. Yacinthe s’est entouré d’ambassadeurs importants de la scène hip-hop et d’artistes reconnus. Pensons à Alexandra « Spicey » Landé, Pax et des grands noms de l’étranger tels que Rashaad Hasani Pearson de Washington DC, Nick Lee de Taïwan, Anthony Armstrong (« Slim Boogie ») de Los Angeles.

Même son de cloche du côté du festival DISTRIX, lancé par Jo-Annie Charbonneau. « On ne peut pas s’improviser experts en tout, alors on s’entoure de partenaires », explique la directrice générale des Productions podium, qui organisent des événements sportifs à grand déploiement.

Après deux ans à s’être consacrée au basketball 3 contre 3, Mme Charbonneau a voulu étendre son événement, sous l’oeil aguerri de Jocelyn Bruno, alias Dramatik, et y inclure « d’autres éléments de la culture urbaine ». Ainsi, pour le volet graffiti, elle s’est associée au festival Under Pressure, en ce qui concerne le rap, elle est en partenariat avec La fin des faibles (End of the Weak) et enfin, pour la danse, Éric « Zig » Martel et Breaking Québec entrent en piste. « Notre force, c’est d’allier toutes les disciplines. Durant le festival, on a un peu de tout tout au long de la journée, donc ça peut plaire à tous ! » assure Jo-Annie Charbonneau.

Le beatmaking façon JOAT

 

Le beatmaking, c’est-à-dire la composition de pistes instrumentales hip-hop incluant des mélodies, drum patterns et samples, sera mis en avant cette année au JOAT. Une suite logique pour le festival. « Les premières années, on s’est focalisé sur le popping, mon style de prédilection, puis on a ajouté le hip-hop et le break, raconte M. Yacinthe. Après plusieurs années de collaboration avec Artbeat Montreal, on a décidé cette année de proposer unbeatmakingbattle à la sauce JOAT. »

Handy Yacinthe a développé un véritable concept autour de JOAT, qui a su faire ses preuves à l’étranger : des éditions ont été mises sur pied au Japon, à Singapour, en Inde, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. « L’idée, c’est de challenger les artistes en amenant des concepts précis. Ça permet aussi de décortiquer le style de danse et donc de le démocratiser aux yeux du grand public », poursuit-il. Ainsi, JOAT est une série de battles, à savoir un affrontement entre deux danseurs qui improvisent dans un style en particulier, qui propose des contraintes particulières à chaque tour. « Un round de waving, de mouvements robotiques…donne-t-il en exemple. Ça dévoile toute la créativité des artistes. »

Le même concept sera donc repris cette année pour le beatmaking, avec des consignes concernant le tempo par exemple. M. Yacinthe ne souhaite cependant pas « amalgamer les choses ». « On préfère parler des choses qu’on connaît vraiment, et aussi prendre notre temps », affirme-t-il.

Rencontre avec le grand public

 

Pour démocratiser la danse, DISTRIX propose une programmation complètement gratuite. Le public pourra alors assister à des compétitions de breaking sur plusieurs jours, préliminaire des JO 2024. « C’est une pratique qui devient de plus en plus connue, notamment grâce à la télévision, aux émissions, etc., mais c’est important que les gens connaissent les différentes figures, comprennent pourquoi tels mouvements valent plus de points, etc. Notre festival va permettre ça », indique Mme Charbonneau. Plusieurs grands noms de cette pratique artistique seront donc présents à l’événement. « On veut que ce soit un lieu de rencontre, d’échanges, que les jeunes, et les moins jeunes, se sentent inspirés ! » poursuit-elle.

Côté JOAT, cette année, l’organisme 100Lux proposera par exemple le « Spot session », un endroit « idéal pour ceux qui veulent apprendre sur la culture », selon l’initiateur du festival. « Tout le monde sera le bienvenu pour regarder les danseurs, danser et pratiquer s’il le veut, mais aussi échanger, poser des questions aux gens de la communauté », détaille M. Yacinthe. Un Block Party gratuit, sur l’Esplanade de la Place des Arts, aura aussi lieu. « Là aussi, l’idée, c’est de montrer un élément représentatif de la culture et de créer un espace de sociabilité pour tous », continue le danseur.

Les battles, quant à eux, seront payants. « Ce n’est pas quelque chose qui se fait trop dans le milieu, mais nous, ça nous tient à coeur. On veut que les artistes présents, qui sont des grands noms de la communauté, soient payés », explique M. Yacinthe. Une manière aussi pour lui de ne pas « dénaturer l’identité d’un battle ». « On ne veut pas surproduire, devenir une grosse machine. Il faut garder ça convivial, ne pas perdre la magie, conclut-il. C’est la vibe. »

À surveiller

JOAT
du 31 août au 6 septembre

Ateliers d’initiation : Les samedi 3 et dimanche 4 septembre. Une bonne manière de découvrir les différents styles de danse de rue et de les expérimenter. Gratuit.

JOAT Battles : Grands battles de danse internationaux en breaking, hip-hop et popping les jeudi 1er, vendredi 2 et samedi 3 septembre au Club Soda. Payant.

JOAT Kidzbattle : De jeunes artistes de 18 ans et moins sélectionnés par Urban-Element viendront se surpasser dans tous les styles de danse de rue pour démontrer toute leur ingéniosité. Cette nouvelle génération de danseurs se produira le 4 septembre à l’Esplanade de la Place des Arts. Gratuit.

JOAT Art HYBRID (X) : Plusieurs artistes de la communauté hip-hop dévoilent leur pratique en arts visuels. L’exposition aura lieu tout au long du festival à la salle d’exposition de la Place des Arts. Gratuit.

DISTRIX
du 2 au 4 septembre

Les qualifications de la compétition internationale Breaking for Gold se dérouleront le dimanche 4 septembre au Complexe Desjardins.
Admission gratuite.

Les finales de breaking auront lieu le dimanche 4 septembre à la place des Festivals.

Le Festival DISTRIX présente divers spectacles, street impro avec le Punch Club notamment, et battles gratuits, La fin des faibles (End of the Weak), sur la place des Festivals. Plusieurs artistes de rap, hip-hop, graffitis et break se partagent la scène pour des spectacles et ateliers gratuits, dont Shreez, Raccoon, D4vid Lee, DMS.



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