«Luna»: la Lune, porte ouverte sur notre monde

La chorégraphe et première danseuse des Grands Ballets, Vanesa Garcia-Ribala Montoya, donne ses directives pour la pièce «Du Soleil à la Lune».
Photo: Photos Marie-France Coallier Le Devoir La chorégraphe et première danseuse des Grands Ballets, Vanesa Garcia-Ribala Montoya, donne ses directives pour la pièce «Du Soleil à la Lune».

À partir du 28 avril, les Grands Ballets canadiens de Montréal présentent Luna, une soirée thématique consacrée à cet astre et à son influence sur la Terre et sur notre évolution. Dans le cadre de ce programme, la chorégraphe passionnée Vanesa Garcia-Ribala Montoya, première danseuse de la compagnie, inspirée par la force, la beauté ou encore l’espoir que suscite cet astre de la nuit, y présentera le spectacle Du Soleil à la Lune.

« La lune me connecte à la spiritualité. Elle m’inspire beaucoup de réflexions et d’introspections », explique Vanesa Garcia-Ribala Montoya. Pour elle, la lune soulève aussi des questionnements existentiels sur notre place dans l’univers.

C’est à partir de ses diverses pensées que l’artiste a construit sa pièce Du Soleil à la Lune, qui tire son origine de la découverte, il y a plus de 10 ans, de la musique de Moonlight Benjamin. « Sa voix est remplie d’âme, de pouvoir, sa musique est fantastique et ses paroles sont riches d’histoires », dit la danseuse de 38 ans. Quand elle l’a entendue pour la première fois, en 2008, elle s’est rapidement décidée à l’utiliser pour danser. « Lors d’un workshop, j’ai pris deux de ses chansons, pour expérimenter. J’ai vraiment aimé le résultat. Tellement que je me suis dit que, si j’avais un jour l’occasion de faire une grande pièce, j’utiliserais sa musique », se souvient-elle. Et cette occasion s’est finalement présentée.

Les rythmes afro-caribéens, le rock, le jazz, le boléro ou encore les tambours africains font partie du répertoire de la chanteuse d’origine haïtienne, qui vit en France depuis maintenant plusieurs années. Une mixité de sonorités qui a tout de suite marqué la première danseuse des Grands Ballets, née en Espagne de parents africain et espagnol, qui a immigré d’abord en France, puis au Canada. « Ça me va droit au cœur. Je ne pense pas que les gens puissent rester indifférents à cette musique. Les thèmes qu’elle chante sont sensibles et parlent à beaucoup de personnes », poursuit-elle.

Dans la danse, mais aussi dans la musique, plusieurs minorités ethniques sont peu, voire pas du tout, représentées. Alors, je trouve ça important de mettre en avant l’art de Moonlight Benjamin.

 

  

Dès les prémisses de la création, et jusqu’à maintenant, les deux artistes se sont rencontrées, virtuellement, pour parler de la pièce et de son avancement. Une véritable collaboration est née. « Dans la danse, mais aussi dans la musique, plusieurs minorités ethniques sont peu, voire pas du tout, représentées. Alors, je trouve ça important de mettre en avant l’art de Moonlight Benjamin », explique Mme Garcia-Ribala Montoya.

Fusion chorégraphique

Bien qu’il ne s’agisse pas de sa première pièce chorégraphique, Du Soleil à la Lune est sa première longue création pour un grand nombre de danseurs. En effet, d’une durée d’une quarantaine de minutes et avec plus de 20 danseurs, cette création a apporté son lot de défis. « Je me suis dit : “Go big or go home.”Je voulais en profiter au maximum et prendre des risques, confie la chorégraphe. C’est certain que c’est plus compliqué de jongler avec les disponibilités des danseurs, les blessures, les problèmes de chacun, mais c’est vraiment gratifiant de faire une pièce forte comme ça. Je suis honorée de pouvoir le faire. »

Initialement prévue pour être présentée sur scène en 2020, Du Soleil à la Lune a dû attendre plus de deux ans pour voir le jour auprès du grand public à cause de la pandémie. Une dizaine de danseurs ont depuis quitté la compagnie et de nouveaux interprètes ont été accueillis. Ce qui a nécessité une adaptation importante de la créatrice. « Il faut prendre le temps d’enseigner la chorégraphie aux jeunes danseurs et, en même temps, on travaille tous sur plusieurs projets à la fois. Et c’est encore plus vrai depuis la réouverture des salles de spectacle. Alors, ce n’est pas toujours évident », affirme-t-elle.

« Je voulais créer du mouvement qui correspond aux caractéristiques des danseurs. J’avais mes idées, mais je restais flexible aussi pour que ça fonctionne », raconte-t-elle. La mixité a ainsi fait grandement partie de ses choix chorégraphiques. En effet, elle s’est autant laissé inspirer par la danse contemporaine que par les arts martiaux, l’acrobatie, le ballet ou encore les danses africaines.

Les danseurs sont divisés en deux groupes et ils incarnent chacun des styles combinés différents et une certaine réalité. « Il y en a un [groupe] qui représente le côté physique de l’humain. Là, j’utilise du vocabulaire néoclassique, de belles lignes, du partenariat inspiré du ballet, mais avec des mouvements plus fluides, plus “groundés”, mélangés aux rythmes africains, détaille-t-elle. Le deuxième groupe, lui, représente un aspect plus spirituel, abstrait, énergétique. Là, j’ai mis beaucoup de mouvements contemporains, du sol, des acrobaties et une base de mouvements africains plus importante. »

En plus de la musique et de la mixité des styles, qui sont importants, Vanesa Garcia-Ribala Montoya a aussi voulu ajouter des projections à sa pièce. Celles-ci, conçues par le Caribéen d’origine Nalo Soyini Bruce, s’inspirent de la nature, du feu, de l’eau… et créent des mondes imaginaires. Un ajout très important pour la chorégraphe. « La vidéo permet une expérience plus immersive pour les gens, ça les pousse à utiliser leur imagination, puis ça fait un lien entre le fantastique et le réel », explique-t-elle.

Vanesa Garcia-Ribala Montoya espère que les messages transmis par les chansons de Moonlight Benjamin, la création chorégraphique et les projections auront un « caractère universel ». Selon les deux créatrices, ces chansons sont davantage ancrées dans la réalité actuelle. « Oui, lachanteuse parle de son vécu en Haïti, mais ça touche énormément de personnes ailleurs aussi. En ce moment, avec l’Ukraine, on voit toutes les victimes forcées de fuir. On parle beaucoup de guerre, de conflits politiques. Ça me rentre dans le cœur, c’est difficile, conclut-elle. J’espère que la pièce apportera du réconfort. Particulièrement ici, à Montréal, au Canada, où il y a de nombreux immigrants et réfugiés. Je ne veux pas qu’ils se sentent isolés, oubliés. J’espère apporter un message d’humanité et d’espoir. »

Cette soirée comporte trois autres pièces chorégraphiques : Beguile de Lesley Telford, Fukuoka de Marcos Morau, avec Lorena Nogal et Marina Rodriguez, et Sonatade Luna d’Edgar Zendejas.

Luna

Programme mixte des Grands Ballets avec des chorégraphies de Lesley Telford, Vanesa Garcia-Ribala Montoya, Marcos Morau et Edgar Zendejas. Au théâtre Maisonneuve de la PDA, du 28 avril au 1er mai.

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