Festival - Razzias esthétiques et idéologiques

L'un des coups d'envoi du Festival du monde arabe résume à lui seul l'esprit qui préside à l'événement pour sa cinquième édition. Razzias, spectacle de danse à grand déploiement, conjugue les forces vives de Beyrouth et de Montréal, sublime les grandes invasions de l'histoire passée et récente dans des formes esthétiques folkloriques et actuelles, de l'Orient et de l'Occident, pour célébrer les métissages dont on est les héritiers aujourd'hui.

Mais c'est aussi le thème qui chapeaute tout le festival. «La violence est tellement présente qu'il faut la mettre en question, à travers la création et la réflexion», explique le directeur artistique du FMA, Joseph Nakhlé. Dans ces razzias esthétiques, il pense à l'Autre, qui fait toujours irruption dans les imaginaires et les mémoires individuels et collectifs. «En chacun de nous, il y a l'étranger», aime-t-il rappeler.

En guise de baptême, ce soir, la troupe libanaise d'Alissar Caracalla (à ne pas confondre avec celle de son père, qui roule sa bosse depuis 30 ans) croise le savoir-faire du Jeune Ballet du Québec piloté par

la chorégraphe Ireni Stamou, qui

a aussi réalisé une vidéo en

compagnie de l'artiste Philippe Dupeyroux, à partir d'images d'archives et d'autres tournées au Liban. La musique originale est signée Gaétan Leboeuf. Rencontre de deux mondes, donc, qu'Ireni Stamou qualifie d'emblée de «formidable».

Le scénario en quatre actes est librement inspiré des conquêtes de l'Espagne par les Arabes et de l'Égypte par Napoléon. «Dans la première partie, les troupes de Napoléon traversent le désert, mais c'est une analyse abstraite, précise la chorégraphe québécoise. C'est l'archétype de la guerre, d'hier à demain en passant par aujourd'hui.»

En musique, on propose Gnawa el jazz, rendez-vous inusité entre huit grands maîtres de la confrérie des Gnawas de Tanger et de Marrakech et des musiciens de jazz du Québec (notamment Michel Donato et Thom Gossage). Exode fait la fusion originale des traditions kleizmer et turco-ottomane avec les artistes Jason Rosenblatt et Ismaïl Fencioglu. Acclamés l'an dernier, les derviches tourneurs d'Alep font le Cercle de l'extase avec les chanteurs grégoriens de la Schola Saint-Grégoire de Montréal. Figure marquante du théâtre algérien, Mohamed Benguettaf monologue sur l'espoir de la femme arabe dans Fatma. Gaston Miron rencontre Tahar Ben Jelloun en compagnie de musiciens et du poète arabe Djamel Amrani dans Razzias... à l'assaut de l'imaginaire.

Ces deux derniers spectacles s'insèrent dans la série «Salon de la culture», entièrement gratuite, qui compte aussi quelques razzias idéologiques en compagnie, notamment, de l'auteur et médiateur du quotidien Le Monde Robert Solé. Une exposition réunissant d'importants peintres contemporains ainsi qu'un volet cinéma, modeste, à l'image de la production cinématographique arabe actuelle, font pendants à la programmation de plus en plus imposante des arts de la scène. Bref, un festival qui grandit en beauté.

FESTIVAL DU MONDE ARABE

Du 29 octobre au 14 novembre

Razzias: les 30 et 31 octobre, à 20h,

au théâtre Maisonneuve.