Quand Édouard Lock rencontre Rachele Buriassi

Inspiré par la première danseuse Rachele Buriassi (photo) durant la pandémie, Édouard Lock dévoilera deux premières mondiales: un film et une œuvre scénique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Inspiré par la première danseuse Rachele Buriassi (photo) durant la pandémie, Édouard Lock dévoilera deux premières mondiales: un film et une œuvre scénique.

Après plus de 20 ans d’absence auprès des Grands Ballets canadiens (GBC), le chorégraphe Édouard Lock fait son retour avec une nouvelle création solo, Écho. Inspiré par la première danseuse Rachele Buriassi durant la pandémie, il dévoilera sur la scène Wilfrid-Pelletier non pas une, mais deux premières mondiales : un film et une œuvre scénique lors du triptyque Les quatre saisons des Grands Ballets. Le Devoir a rencontré Édouard Lock et sa muse.

« C’est un projet intime, qui part vraiment de Rachele. C’est une magnifique interprète qui a autant d’aptitudes techniques qu’interprétatives », explique le chorégraphe qui travaille depuis plusieurs années en Europe. Pour la danseuse originaire d’Italie, première danseuse des Grands Ballets depuis deux ans, ce fut un honneur d’être approchée par le chorégraphe québécois qui compte près de cinq décennies de carrière. « J’ai tout de suite dit oui. Je me rappelle son film Amelia, je devais avoir 12 ans quand c’est sorti et je me suis dit “Oh my god, c’est la plus belle chose que j’ai jamais vue de ma vie !” » se souvient-elle, encore émue.

Plutôt habitué aux chorégraphies de groupe de plus d’une heure, Édouard Lock propose ici une structure qui lui est assez nouvelle : un solo de moins de 30 minutes. « Faire un solo n’était pas un choix, confie-t-il. Il s’est imposé à moi lors de ma rencontre avec Rachele. »

« Je souhaiterais que chaque danseur puisse travailler avec Édouard. Il n’est pas comme tous les autres chorégraphes, il est unique. Il va chercher la meilleure partie de toi », raconte la jeune femme de 33 ans, qui souligne pour sa part avoir beaucoup appris en travaillant en tête-à-tête avec le créateur. Elle précise même que cette rencontre aura changé sa vie et sa danse. « Je suis devenue tellement forte en quelques semaines. Les autres danses me paraissent plus faciles maintenant et j’arrive à interpréter d’une manière différente. Ce travail influence désormais tous mes autres projets, c’est fou », se surprend-elle.

Rien que le mouvement

Initialement, Édouard Lock souhaitait travailler en studio avec Rachele Buriassi pendant trois semaines, pour un simple travail d’expérimentation. Plus de quatre mois sont finalement passés. « Au départ, on ne comptait rien présenter. Et au fur et à mesure, j’ai été impressionné par ses capacités, alors j’ai voulu aller plus loin. Notre recherche a inspiré des directions que je n’avais pas anticipées », livre le chorégraphe.

Rachele Buriassi, quant à elle, raconte avoir vécu une expérience « vraiment intense ». « Je me souviens encore du premier jour où je lui ai dit que j’apprenais très vite. Il m’a répondu “avec moi, je n’ai jamais vu une danseuse qui se rappelait cinq pas” et il avait raison ! » s’amuse l’ancienne interprète pour le Boston Ballet.

Pour créer, Édouard Lock s’inspire toujours d’un même point de départ : le mouvement, « rien de plus que le mouvement et rien de moins que le mouvement ». Pour lui, le corps humain reste mystérieux, et c’est ce qu’il aime explorer à travers la danse.

« La vraie compréhension de la forme est très fuyante. Si je vous demande combien de lignes vous avez sur la paume de la main droite, vous serez incapable de me répondre, dit-il. La chorégraphie est là pour énoncer qu’il y a un mystère. »

Il ne fonctionne pas avec de l’improvisation pour créer sa chorégraphie, mais arrive bel et bien avec une structure déjà définie, raconte Rachele Buriassi. « C’est très très dur comme travail, car c’est vraiment très précis. Ça demande une grande exigence », explique-t-elle. « La précision crée une imprécision secondaire qui m’intéresse beaucoup, précise le chorégraphe. Je suis le potentiel de chaque danseur avec qui je travaille, et au fur et à mesure qu’il s’élargit, je comble avec de nouvelles options chorégraphiques. »

En plus de la précision, Édouard Lock cherche à développer une interprétation théâtrale profonde et intime. « Il me disait d’arrêter de faire la danseuse. Toute notre vie, on a appris à être la belle danseuse qui sourit, on ne montre jamais l’effort ou que c’est difficile. Là, c’est ce qui l’intéressait, confie Rachele Buriassi. Ça a été dur de changer ça, mais j’ai découvert grâce à lui que je pouvais aller encore plus loin. »

Des liens naturels entre l’image et la danse

En plus du ballet, Édouard Lock explore aussi depuis 35 ans le milieu du cinéma : il a conçu plusieurs films de danse, dont Amelia ou encore Aida, et a présenté l’an dernier Écho au Festival TransAmériques (FTA). Cette fois-ci encore, il a voulu créer une rencontre entre la chorégraphie et l’image. « Pour moi, le lien est naturel entre les deux. Le film encourage une analyse différente du mouvement. Il y a quelque chose qui continue à ajouter à l’information que le public reçoit », soutient-il.

Pour Rachele Buriassi, c’est une grande première d’avoir un film entièrement consacré à elle et à son art, bien qu’elle ait déjà participé à plusieurs films. « Quand j’ai vu le film, je ne me suis pas reconnue. Ça va vraiment plus loin que la danse qu’on voit tout le temps. Ça fait sortir beaucoup d’émotions variées, c’est magnifique ce qu’a créé Édouard », souligne-t-elle.

Le court métrage de 21 minutes sera présenté en première mondiale lors du triptyque Les quatre saisons des Grands Ballets. La première danseuse interprétera ensuite sur scène la chorégraphie créée par Édouard Lock. Ce format-là n’a cependant pas été conçu pour rester.

« Le centre de notre travail, c’est le film. La présentation théâtrale, c’est un désir de montrer un peu la mécanique du film sur scène, comment une chorégraphie présentée en format cinéma survit une fois l’enveloppe enlevée, conclut-il. Mais on ne refera pas ça dans le futur. Le film continuera de vivre seul. »

 

Les quatre saisons

Programme triple de Gaby Baars, Édouard Lock et Mauro Bigonzetti. Les Grands Ballets canadiens de Montréal, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, du 14 au 23 octobre, à 14 h et à 21 h.

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