Quarante ans à suivre la cadence à l’École de danse contemporaine de Montréal

Une des nombreuses forces de l’EDCM est de rester connectée à son milieu, notamment en invitant de nombreux artistes à venir donner les classes ou enseigner des pièces afin d’être «représentatif du milieu professionnel». 
Photo: Adil Boukind Le Devoir Une des nombreuses forces de l’EDCM est de rester connectée à son milieu, notamment en invitant de nombreux artistes à venir donner les classes ou enseigner des pièces afin d’être «représentatif du milieu professionnel». 

Fondée en 1981 par Linda Rabin et Candace Loubert, l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM) est la première institution québécoise à former professionnellement des danseurs hors du ballet classique. En 40 ans d’existence, l’EDCM a vu près de 400 diplômés passer sur ses planchers, dont plusieurs grands noms québécois comme Clara Furey ou Mélanie Demers. Son secret ? Une volonté assumée d’évoluer constamment et de s’ancrer réellement dans son milieu.

Chaque année, une vingtaine de nouveaux interprètes, chorégraphes et artistes de la danse sont formés. « On forme des artistes afin qu’ils aient les outils pour s’intégrer dans le monde de la danse et qu’ils le redéfinissent eux-mêmes. On est constamment dans la contemporanéité », explique Lucie Boissinot, directrice artistique et des études depuis bientôt 16 ans. 

Parallèlement à sa carrière d’interprète, Lucie Boissinot s’est vite engagée auprès de l’EDCM où elle est devenue enseignante en 1993. Dès ses débuts, elle a pu constater l’approche particulière de cette école. « Dès le départ, les cofondatrices se sont données comme pari de, oui, miser sur une forte technique, mais aussi sur une démarche de recherche artistique en profondeur », se souvient-elle.

Marc Boivin, danseur de renom et enseignant à l’École depuis 1987, se souvient aussi des premières années. « Mme Loubert enseignait des cours de masques, Mme Rabin de recherche créative. Ces deux femmes avaient une grande vision et cherchaient une manière d’aller en même temps dans l’entraînement, mais aussi dans la formation de véritables artistes. Où est l’artiste dans ce jeune-là et comment le laisser prendre sa place ? C’est une des forces de l’École », pense-t-il.

Bien que présents dès le départ, les cours axés sur les sensations internes, la créativité et l’interprétation ont pris de plus en plus de place avec davantage d’heures d’enseignement ainsi que des enseignants plus spécialisés au fil du temps. « Ces enseignements contribuent à ce que l’élève entre à l’intérieur de lui, à la rencontre de ses sensations et du fonctionnement profond de son corps », ajoute Mme Boissinot.

Cette approche sensible est d’ailleurs ce que recherchent les jeunes danseurs en auditionnant pour l’EDCM, comme l’explique Meggie Cloutier-Hamel, étudiante de deuxième année. « Le cours de recherche créative de Linda Rabin, l’an dernier, m’a énormément marquée. C’était très profond, basé sur des mouvements naturels, des respirations, de la visualisation… on a pu vraiment trouver qui on est et qui on veut être en tant qu’artistes. On a tous été bousculés, dans le bon sens », se souvient la jeune élève de 18 ans.

Une des autres forces de l’EDCM est de rester connectée à son milieu, notamment en invitant de nombreux artistes à venir donner les classes ou enseigner des pièces afin d’être « représentative du milieu professionnel ». « Je reste à l’affût de ce que ça prend pour que la formation soit complète et en adéquation avec la vie de la danse ici et à l’international », complète Mme Boissinot. Et M. Boivin d’ajouter : « Ici, on vous traite exactement comment vous allez vivre votre carrière : prise de parole, responsabilités, engagement, création… Le modèle professionnel est appliqué directement dans la formation. »

Alexandre Morin, lui-même diplômé de l’École en 2013 et professeur ici depuis 2015, encourage beaucoup cette approche. « Quand j’y étais, on avait également des grands maîtres invités. Mais aujourd’hui, il y a de plus en plus de place à l’École pour les chorégraphes émergents. Ça permet ainsi de montrer différentes facettes de la danse contemporaine aux étudiants. Ça suit vraiment les changements dans le milieu culturel et l’art vivant », explique l’homme de 29 ans qui a notamment dansé pour Marie Chouinard, Sylvain Émard ou encore Dominique Porte.

Des techniciensde plus en plus pointus

Au fur et à mesure des cohortes, l’EDCM a vu son niveau technique augmenter, jugent des enseignants présents depuis longtemps, comme M. Morin. « La danse a dominé la culture pop au Québec, à la télé, dans les films… Ça fait que les jeunes s’intéressent de plus en plus tôt à cet art. Les cohortes ont rajeuni et arrivent avec un niveau nettement supérieur à quand moi j’étais à l’École », explique-t-il.

La directrice explique notamment ce phénomène par l’engouement plus important pour la danse. « Il y a de plus en plus de jeunes qui postulent. L’an dernier, on avait 180 candidatures, donc c’est sûr que ça élève les standards. On a accepté les plus qualifiés pour suivre la formation », raconte-t-elle. Si l’École accueille depuis plusieurs années de plus en plus de candidats lors de ses auditions, elle continue à sélectionner seulement une vingtaine de jeunes en première année pour « garantir un enseignement personnalisé ».

Le niveau technique plus poussé pourrait aussi s’expliquer par la venue, depuis les 10 dernières années, de plus en plus d’élèves étrangers dans l’École. « En Europe, il y a une approche beaucoup plus traditionnelle qui mise sur la technique pure, rigoureuse et exigeante, notamment dans les grandes métropoles », explique Clémence Dinard, jeune Française formée dans différents conservatoires en France, qui a traversé l’Atlantique pour intégrer l’EDCM.

« En France, on focalisait vraiment sur l’apparence, la performance. Tenir en équilibre, c’était comme de la magie. Ici, on nous explique pourquoi, c’est une approche totalement différente. L’École nous aide à nous comprendre, à avoir une conscience globale de notre corps, tout en formant des interprètes de grande qualité », soutient l’étudiante en 3e année. En plus de l’approche, Clémence dit avoir trouvé une « famille ». « Tout le monde est là pour progresser, il n’y a pas une atmosphère de jugement ou de compétition. On est en relation les uns avec les autres, on n’est pas là pour se marcher dessus. C’est différent en France », ajoute-t-elle.

Des activités pour célébrer le 40e

Les Journées de la culture : le public aura accès aux coulisses de la recréation des Corps avalés de Virginie Brunelle pour les étudiants de 3e année. Le 24 septembre, en ligne.

Incubateur : présentation de projets étudiants sous forme de vidéodanses, le 26 novembre, en ligne.

Spectacles de décembre, à Tangente, du 8 au 18 décembre.



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