cache information close 

Le vent dans les voiles

Les Grands Ballets multiplient les tournées, fruit mûr que le directeur artistique cueille avec bonheur.

Ce fut, c'est et ce sera une saison de consécration à l'étranger pour les Grands Ballets canadiens. La compagnie montréalaise revient du prestigieux festival Jacob's Pillow aux États-Unis où elle a eu un accueil très positif. Au début du printemps, c'est l'Allemagne et l'Espagne qui recevaient la troupe. À l'automne, avant de se produire à Pittsburgh et à Philadelphie, la troupe repart pour l'Allemagne. Et les prochaines saisons promettent...

Bien que les tournées hors frontières ne constituent pas sa priorité, le directeur artistique Gradimir Pankov savoure humblement le fruit d'un travail soutenu au sein de la compagnie. «Mon but était de construire un répertoire et présenter la compagnie sous un jour nouveau, affirme-t-il. Je ne voulais pas aller à l'extérieur trop tôt, pas avant de faire ces changements importants». L'air un peu sévère à prime abord, le Macédonien irradie la passion quand il parle de la troupe qu'il dirige avec dévouement et fermeté depuis quatre ans. Main de fer dans un gant de velours...

La patience et la détermination semblent effectivement fonctionner pour le directeur. S'il reconnaît «certaines faiblesses» dans des créations comme Cendrillon de Stijn Celis par exemple, avec du temps et du travail, il entend tirer le meilleur de la pièce. Comme il l'a fait pour Noces du même jeune chorégraphe qui tournera à l'étranger à l'occasion du 50e anniversaire des GBC en 2006-2007. Chose certaine, avec davantage de créations de jeunes chorégraphes (Didy Veldman, Stjin Celis) et des oeuvres plus audacieuses de chorégraphes établis (Ohad Naharin, Mats Ek), le directeur a visé juste. Il a su mettre à profit les talents des danseurs «qui peuvent interpréter des rôles sans être ridicules ou verser dans la pantomime», note-t-il, tout en saisissant le goût du risque du public montréalais.

Des forces sur lesquelles il peut maintenant tabler pour prendre pied à l'étranger. Car s'il veut d'abord servir le public d'ici, une visibilité extérieure est essentielle à l'épanouissement des danseurs. «Je pense qu'une compagnie peut se développer seulement si elle est vue par des publics et des critiques différents», confie-t-il. Mais le directeur, qui pratique ce métier depuis 21 en plus d'avoir enseigné dans les plus prestigieuses compagnies d'Europe, insiste: «Il ne faut jamais perdre son propre public». Au Ballet de Genève, il a trop poussé les tournées...

Son parcours antérieur en Europe, dont il connaît bien les rouages, lui en rend l'accès facile. Un territoire que la compagnie a un peu moins défriché sous le règne de Larry Rhodes, plus axé sur le reste du Canada et les États-Unis. Mais il ne dédaigne certainement pas nos voisins américains, à qui il est plus facile de rendre visite...

À l'instar du répertoire qu'il a bâti pour les GBC, c'est avec un mélange de pièces bien connues comme celles de Nacho Duato et de nouvelles créations comme Les Noces de Stijn Celis que la troupe se promènera sur les scènes d'ailleurs. Jacob's Pillow a vu un programme triple jumelant Mats Ek, Jiri Kylian et Nacho Duato, qui a séduit un public habitué à voir Balanchine. Un programme qui sera repris notamment à Philadelphie à l'automne et ailleurs aux États-Unis en 2005. L'Allemagne a vu La Dame de Pique, méga-création du Britannique, et verra bientôt Minus One, collage d'oeuvres de l'Israélien Ohad Naharin qui a fait un tabac à Montréal, où la pièce est d'ailleurs encore présentée, gratuitement, ce soir et demain (Théâtre de Verdure). En 2006, ce sera au tour de la jeune création de partir en tournée.

Quelle sera la suite, s'il a déjà atteint son but après quatre ans de labeur? Consolider les acquis, «rester sur cette ligne de tir, sans rester figé», indique-t-il. Celui qui ne voulait plus diriger de compagnie après le Ballet de Genève en 2000 a donc bien changé d'avis. Il entend rester aux GBC tant qu'il pourra y insuffler l'énergie et l'audace qu'il faut. «Je n'irai nulle part ailleurs, même quand mon travail aux GBC se terminera. J'adore Montréal...»