Carla Fracci, la reine du ballet italien n’est plus

Connue dans la péninsule italienne simplement comme « La Fracci », cette élégante femme toujours vêtue de blanc avait été nommée étoile au sein de la Scala de Milan en 1958.
Photo: Luca Bruno Associated Press Connue dans la péninsule italienne simplement comme « La Fracci », cette élégante femme toujours vêtue de blanc avait été nommée étoile au sein de la Scala de Milan en 1958.

La reine du ballet italien Carla Fracci est décédée jeudi à l’âge de 84 ans. Au cours de sa longue et fructueuse carrière, celle qui fut l’une des plus grandes ballerines du XXe siècle s’est illustrée aux côtés de légendes comme Rudolf Noureev et Mikhaïl Baryshnikov.

La Scala de Milan, où Carla Fracci a fait ses premiers pas dans le métier, a annoncé « avec émotion la nouvelle de sa disparition » jeudi. « Le Théâtre, la ville et la danse perdent une figure historique, légendaire, qui a laissé une marque très forte dans notre identité et a apporté une contribution fondamentale au prestige de la culture italienne dans le monde », a écrit la prestigieuse institution milanaise.

« Avec Marie Taglioni (1804-1884), Carla Fracci a été la personnalité la plus importante de l’histoire de la danse à la Scala », a souligné de son côté son directeur, le Français Dominique Meyer, rappelant qu’en janvier, elle y était venue pour une ultime classe de maître afin de préparer les élèves à la reprise de « Giselle », resté comme l’un des sommets de ses interprétations. Le directeur du corps de ballet, Manuel Legris, français également, a salué en elle « une source d’inspiration pour toutes les générations de danseuses ».

La nouvelle de son décès a suscité une pluie d’hommages en Italie. « Avec son élégance et son engagement artistique, Carla Fracci a honoré notre pays », a estimé le président italien, Sergio Mattarella. Le premier ministre Mario Draghi a quant à lui salué « un exemple de passion » et « une grande Italienne ».

« La plus grande. Divine et éternelle […] L’Italie de la culture reconnaissante à jamais », a aussi réagi sur son compte Twitter le ministre de la Culture Dario Franceschini.

Plusieurs compagnies internationales lui ont également rendu hommage. L’American Ballet Theatre a évoqué « le souvenir indélébile qu’a laissé son art sur les scènes du monde entier », alors que l’English national Ballet l’a qualifiée « d’inspiration et de légende pour notre art ».

La vedette russe du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, la ballerine Diana Vishneva, a salué celle qui a « inspiré des millions et touché leur cœur » avec sa danse.

Succès populaire

Connue dans la péninsule italienne simplement comme « La Fracci », cette élégante femme toujours vêtue de blanc avait été nommée étoile au sein de la Scala de Milan en 1958.

C’est en 1946, à l’âge de neuf ans, que la fillette issue d’un milieu modeste est admise à l’école de ballet de la Scala, où elle étudie la danse notamment sous la houlette d’Esmée Bulnes et de Vera Volkova, ce qui lui permet de bénéficier d’une double tradition classique, milanaise et pétersbourgeoise.

À la fin de sa formation en 1954, elle est engagée dans la troupe de la Scala. C’est à partir de là qu’elle croise entre autres Luchino Visconti, Maria Callas et Leonard Bernstein. Sa rencontre avec le chorégraphe sud-africain John Cranko lui ouvre les portes d’une carrière internationale.

Mais ce personnage haut en couleur décide en 1963 de quitter la Scala où elle se considère sous-employée et mal payée. Avec l’aide de son mari, le metteur en scène Beppe Menegatti, elle devient donc indépendante.

Appréciée de chorégraphes comme John Cranko ou Roland Petit, elle se distingue par ses interprétations très personnelles pour restituer l’émotion des personnages féminins qu’elle incarne sur les planches. Elle participe aussi à des créations originales, par exemple sur des œuvres de Mario Pistoni en 1966, de Roland Petit en 1996, ou à des reconstitutions de danse d’Isadora Duncan par Millicent Hodson en 1990.

Au total, Carla Fracci a interprété plus de 200 personnages au cours de sa carrière, s’étant illustrée dans les rôles romantiques, notamment celui de « Giselle », dans le ballet éponyme. Dans les années 1970, ses interventions au Festival de Vérone (Nord) rencontrent un succès populaire. Elle prend d’ailleurs la direction des Ballets des Arènes de Vérone de 1995 à 1997, puis du Ballet de l’Opéra de Rome en 2002.

En 2004, elle avait été nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

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