Fusion culturelle bauschienne

Pendant longtemps, seuls les membres du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch apprenaient et incarnaient les pièces de la chorégraphe allemande. Pendant six semaines, ce sont les danseurs de Pina Bausch eux-mêmes qui ont transmis la chorégraphie originale de 1975 aux élèves de l’École des Sables.
Photo: Polyphem Filmproduction Pendant longtemps, seuls les membres du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch apprenaient et incarnaient les pièces de la chorégraphe allemande. Pendant six semaines, ce sont les danseurs de Pina Bausch eux-mêmes qui ont transmis la chorégraphie originale de 1975 aux élèves de l’École des Sables.

Montréal devait accueillir cet automne le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch, temps fort d’une saison que la pandémie a suspendu, zone rouge oblige. Qu’à cela ne tienne, l’esprit de l’iconique Pina Bausch flottera tout de même sur la ville, Danse Danse dévoilant le film Dancing at Dusk : A Moment with Pina Bausch’s The Rite of Spring dans lequel 38 interprètes africains reprennent son Sacre du printemps. Fondatrice de l’École des Sables, au Sénégal, et mère de la danse africaine contemporaine, Germaine Acogny s’est confiée au Devoir sur ce processus exceptionnel et sur les conséquences de la pandémie.

Il y a deux ans, Germaine Acogny était à Bruxelles et interprétait la pièce solo Mon élue noire – Sacre #2, d’Olivier Dubois. Sa complice, la chorégraphe de renom Anne Teresa de Keersmaeker, et le fils de Pina Bausch, Salomon Bausch, étaient dans la salle. Le projet entre le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch et l’École des Sables est né en coulisses, pendant l’entracte.

C’est une pièce universelle qui évoque un rite païen, or nous avons tous ces genres de cérémonies

 

« Plusieurs danseurs de l’École des Sables ont bénéficié de bourses offertes par la fondation de Pina Bausch, et le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch a été impressionné par la qualité de nos interprètes. C’est à ce moment-là que Salomon a eu l’idée de transmettre le Sacre de sa mère aux Africains », se rappelle la fondatrice de l’école, qui reçoit chaque année des danseurs du monde entier.

Après plusieurs auditions dans les quatre coins de l’Afrique, 38 danseurs sont sélectionnés pour apprendre cette pièce de Pina Bausch que Germaine Acogny considère comme sa « plus proche de l’Afrique ».

« La première fois que j’ai vu Le sacre à l’Opéra de Paris, j’ai trouvé ça très africain : les tremblements, les ondulations, les mouvements du buste, ça vient de nous ! C’est une pièce universelle qui évoque un rite païen, or nous avons tous ces genres de cérémonies. Elle a été transmise à travers le monde, auprès d’interprètes de nombreuses nationalités, alors c’est normal qu’aujourd’hui elle soit dansée par les Africains aussi », souligne-t-elle.

Photo: Antoine Tempe Fondatrice de l’École des Sables, au Sénégal, et mère de la danse africaine contemporaine, Germaine Acogny

Passer le témoin

Pendant longtemps, seuls les membres du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch apprenaient et incarnaient les pièces de la chorégraphe allemande. Seulement quelques danseurs hors de la compagnie ont eu accès à une telle expérience. Pendant six semaines, ce sont les danseurs de Pina Bausch eux-mêmes qui ont transmis la chorégraphie originale de 1975 aux élèves de l’École des Sables, qui ont travaillé sans relâche pour se l’approprier.

« Au départ, c’était un peu comme du chinois (rires) ! Ils ont fait preuve de beaucoup de patience, et tout s’est déroulé dans le respect et l’écoute des uns et des autres. À la cinquième semaine, lors du premier filage, je vous assure que j’ai pleuré », confie Mme Acogny.

Très fière de ses élèves, Germaine Acogny explique qu’une telle expérience prouve la justesse et la qualité des formations proposées par l’École des Sables, inaugurée en 2004 : « Nos danses traditionnelles de l’Afrique sont une bonne éducation. Pour aller vers le contemporain, on a besoin de nos racines, des danses patrimoniales et traditionnelles », explique la danseuse, chorégraphe et enseignante, qui a parcouru le monde à travers son art.

La première devait avoir lieu au mois de mars à Dakar puis la pièce devait être jouée à Wuppertal, puis à Londres. Malheureusement, la pandémie a mis fin à l’aventure. L’annonce du confinement a été très difficile à encaisser pour toute l’équipe, qui a tout de même su rebondir rapidement. Avant de se séparer, la troupe a décidé de danser une dernière fois le Sacre, sur la plage, au coucher du soleil. Le cinéaste Florian Heinzen-Ziob, présent pour documenter les répétitions, s’est alors emparé de ce moment unique.

Photo: Polyphem Filmproduction

« Ça a été un beau moment de réconfort. Nous ne nous sommes pas laissé abattre par la tristesse, pas du tout. Si quelque chose n’a pas lieu, c’est que c’est mieux ainsi. On dansera sur les scènes en 2021, et tout ira bien », dit Mme Acogny.

Optimiste pour l’avenir et désireuse de faire vivre la danse et de la partager avec le plus grand nombre, Mme Acogny espère donner une dose d’espoir grâce à ce film : « La danse est toujours là. Elle vit, et c’est notre vie, conclut la grande danseuse. Par la danse, nous vivons et nous vaincrons tout ce qui peut venir. »

Dancing at Dusk : A Moment with Pina Bausch’s The Rite of Spring

Une production de la Pina Bausch Foundation, de l’École des Sables et de Sadler’s Wells. Un film de Florian Heinzen-­Ziob. Le programme comprend un clip documentaire préspectacle, un film et une conversation post-spectacle de Valérie Lessard avec Germaine Acogny et Jorge Puerta Armenta répétiteur du Sacre du printemps à l’École des sables. En ligne du 21 au 28 octobre. Information et billets sur le site de Danse Danse.