Rendez-vous à l’aveugle avec un danseur

Jessica Serli est l’une des artistes que l’on peut rencontrer dans le cadre du projet «Osez ! En solo».
Photo: Vanessa Fortin Jessica Serli est l’une des artistes que l’on peut rencontrer dans le cadre du projet «Osez ! En solo».

C’est un rendez-vous à l’aveugle, lancé dans les rues de Montréal et de Québec : une rencontre arrangée entre un danseur chorégraphe et un spectateur, d’une durée de dix minutes. Contrainte de s’adapter aux consignes sanitaires dictées par la pandémie, la chorégraphe Karine Ledoyen nous offre cette année une version très spéciale de sa série Osez. La directrice de la compagnie de danse K par K propose dix-sept solos de dix minutes, douze à Québec et cinq à Montréal, disséminés dans différents quartiers de ces deux villes.

On peut y assister seul ou à deux, avec une personne qui partage notre maisonnée. Mais en achetant son billet, on ne sait pas quel chorégraphe on va rencontrer, ni sur la musique de quel concepteur sonore il dansera. Le spectateur a sélectionné le quartier où il ira, mais il ne connaît pas non plus l’endroit exact où l’événement aura lieu.

Cet aspect surprise de la rencontre plaît particulièrement à Karine Ledoyen. « C’est quelque chose que j’aime beaucoup, parce que parfois, on est guidé par des préjugés, en se disant, “Cette forme de danse n’est pas mon genre”. Mais elles ont toutes quelque chose à dire, c’est ça qui est beau. Les solos sont de petits bijoux », dit-elle en entrevue.

Chacun des danseurs, dit-elle, « a une manière différente de penser et de réfléchir la danse », dit-elle.

Et seul, à deux mètres de distance du danseur, le spectateur a un accès direct à la sensibilité de l’artiste, sans éclairage, sans scène surélevée. « On touche à la vulnérabilité de la manière la plus simple », dit Karine Ledoyen. C’est à l’aide d’un casque d’écoute qu’il entend l’arrangement sonore associé à la chorégraphie. « Mais il y a aussi la vie qui continue tout autour », poursuit Karine Ledoyen.

Parfois, on est guidé par des préjugés, en se disant, ”Ce danseur n’est pas mon genre”. Mais ces danseurs ont tous quelque chose à dire, c’est ça qui est beau.

 

À Montréal, c’est l’Agora de la danse qui a procédé au repérage dans les quartiers. Certains danseurs chorégraphes se sont beaucoup inspirés d’éléments de l’environnement, d’autres ont puisé entièrement dans leur tête et leur corps pour bâtir ce solo.

Paradoxalement, les contraintes imposées par la crise de la COVID-19 ont fait prendre ce tournant tout à fait inusité à l’événement Osez !, qui a pris naissance à Québec en 2002.

« À ce moment-là, on regroupait entre 15 et 25 danseurs, un chorégraphe et un concepteur sonore. Ils travaillaient ensemble dans la journée pour arriver à un échange d’un minimum de 20 minutes qui était présenté le jour même sur les quais », raconte Karine Ledoyen.

Au cœur de cette démarche se trouvait la volonté de faire comprendre au public le processus de création d’une chorégraphie.

Par définition, la démarche se voulait malléable, capable de s’adapter à toutes sortes de situations, « dans une recherche de rencontre avec les publics », ajoute-t-elle.

À Montréal, les œuvres présentées sont de Louise Bédard, Stacey Désilier, Mecdy Jean-Pierre aka Venom, Jessica Serli, VIVUS James Viveiros.

À Québec, les danseurs chorégraphes sont Aïcha Bastien-N’Diaye, Julia-Maude Cloutier, Elizabeth Crispo, Jean-François Duke, Sara Harton, Karine Ledoyen, Mikaël Xystra Montminy, Nelly Paquentin, Odile-Amélie Peters, Fabien Piché, Léa Ratycz-Légaré et Ariane Voineau.

Étant dans l’impossibilité de se joindre aux danseurs québécois pour l’événement, leurs collègues français mènent une expérience similaire outremer, au festival Et 20 l’été, à Paris.

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