«Seulement toi»: Anne Plamondon, l'art rattrapé par la vie

Au moment où nous rencontrions la chorégraphe, le processus de création suivait encore son cours. S’il était déjà clair pour la chorégraphe que le duo ne devait pas tomber dans le romantisme, la relation amoureuse, il était aussi évident qu’il y aurait assurément, selon ses mots, de la danse qui danse. Sur les photos : Anne Plamondon et James Gregg.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au moment où nous rencontrions la chorégraphe, le processus de création suivait encore son cours. S’il était déjà clair pour la chorégraphe que le duo ne devait pas tomber dans le romantisme, la relation amoureuse, il était aussi évident qu’il y aurait assurément, selon ses mots, de la danse qui danse. Sur les photos : Anne Plamondon et James Gregg.

La chorégraphe québécoise Anne Plamondon, bien connue pour sa longue carrière d’interprète auprès de nombreux chorégraphes canadiens et étrangers, présente Seulement toi, un duo sur ce qui nous lie aux autres et à nous-mêmes avec le danseur James Gregg. C’est là son troisième projet en tant que chorégraphe au sein de sa compagnie. Si la chorégraphie est arrivée de façon accidentelle dans sa vie de danseuse, explique-t-elle, elle n’a pas pour autant mis un terme à sa profession première puisqu’elle interprète ses propres projets.

« Quand j’ai créé mon premier solo, j’avais 38 ans. C’est tard, mais ce n’est pas tôt non plus. Jusqu’ici, j’ai adoré tout ce que j’ai fait en tant que danseuse. On m’a offert de magnifiques rôles, plein de défis, je ne me suis jamais ennuyée. Ça a vraiment été substantiel. Mais j’ai eu besoin de raconter une histoire tirée de ma vie personnelle, celle de mon père, liée à la maladie mentale. C’était évident qu’il n’y avait personne d’autre que moi qui pouvait la raconter. »

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Comme ça s’est bien passé, il y a eu un autre projet, puis un autre. Pour ce troisième projet qu’elle signe seule, la forme du duo s’est imposée naturellement, une forme qui s’inscrit, après deux solos, dans une certaine logique au sein d’un cheminement chorégraphique. Quand on a passé autant d’années dans sa carrière à être en dialogue avec les autres créateurs, et au service des langages de ceux-ci, l’imprégnation dans le corps est forte, et cela peut prendre en effet un certain temps pour trouver sa signature, son langage propre.

Anne Plamondon nous rappelle de plus qu’elle a grandi avec le ballet, puis a rapidement été initiée à la danse contemporaine. Ses longues collaborations avec Crystal Pite et Victor Quijada, avec qui elle a fondé la compagnie Rubberband, pour laquelle elle a largement contribué à forger la signature, l’ont fortement inspirée. « Avec le temps, je vois ce qui appartient juste à moi, et cette fenêtre s’ouvre de plus en plus grand. J’arrive à ma signature, mais je suis aussi fière d’où je viens comme interprète et je n’ai pas de honte à utiliser tout ce que j’ai accumulé. »

Une autre dimension amoureuse

Plus concrètement, le titre de ce duo, Seulement toi, peut tout autant renvoyer à la question de sa signature, de son langage à elle, qu’à la relation à l’autre, centrale dans ce duo démarré il y a plus de deux ans comme un projet portant, en filigrane, la question de l’amour. Il faut dire que l’amour est une thématique délicate si l’on ne souhaite pas tomber dans les clichés de la représentation d’un duo amour-haine, à plus forte raison noyé dans la masse de ces nombreux projets qui en abusent à défaut de travailler sur d’autres contenus.

Avec le temps, je vois ce qui appartient juste à moi, et cette fenêtre s’ouvre de plus en plus grand. J’arrive à ma signature, mais je suis aussi fière d’où je viens comme interprète et je n’ai pas de honte à utiliser tout ce que j’ai accumulé.

Si ce thème ne semble plus si important ou évident pour la chorégraphe aujourd’hui, il n’en reste pas moins qu’il a été le déclencheur du projet. Comment en arrive-t-on ou fait-on de cet état amoureux une forme de spectacle ? « Dans mon cas, c’est très simple. Je suis devenue maman, et je suis rentrée dans quelque chose qui, je pensais, ne m’arriverait jamais. Cette espèce d’amour d’une autre dimension, inconditionnel, que tu sens avec une autre personne, en fait, ça m’a frappée. »

Profitant de l’écriture de dossiers de demandes de subvention, la chorégraphe et danseuse a beaucoup réfléchi sur l’importance des relations, des liens, mais aussi sur le retour à soi. « Après un long allaitement, et un rapport de dépendance totale avec l’enfant, je me suis demandé comment je pouvais revenir à moi. »

Reflétant cette transition de danseuse à chorégraphe et son nouveau statut de mère, le titre Seulement toi est donc aussi à entendre comme une voix intérieure. Il n’y a que soi pour connaître son propre chemin, explique Anne Plamondon, qui nous rappelle aussi que l’amour est d’abord une quête personnelle. Dans ce sens, ce projet aurait pu aussi se déployer sous la forme d’un solo. « Le dramaturge m’a fait exactement cette réflexion. Mais j’avais vraiment, comme désir de départ, un duo avec James Gregg. Seulement toi, c’est aussi cette sensation de solitude avec quelqu’un. »

Au moment où nous rencontrions la chorégraphe, deux semaines avant la première représentation, le processus de création suivait encore son cours. S’il était déjà très clair pour la chorégraphe, et ce, depuis le début, que le duo ne devait pas tomber dans le romantisme, la relation amoureuse, il était aussi évident qu’il y aurait assurément, selon ses mots, de la danse qui danse. « J’aime le mouvement dansé et j’y crois à 100 %. Je crois qu’à travers le corps, il y a un langage qui atteint plein de petites nuances qu’on n’atteint peut-être pas avec les mots parfois.»

Le corps exprime, révèle, manifeste des secrets, poursuit Anne Plamondon. « J’adore ça. Je suis obsédée par la précision du geste. Je ne veux pas dire virtuosité, car c’est souvent négatif et ce serait juste relié à des prouesses. Pas du tout. » Pour elle, c’est par la maîtrise d’un langage dans le corps que la danse permet au public de ne plus voir la difficulté du geste, lui permettant ainsi d’accéder « à l’émotion, au voyage ».

Seulement toi

Chorégraphie : Anne Plamondon. Interprétation : Anne Plamondon, James Gregg. Compositeur : Olivier Fairfield. Concepteur lumières : Nicolas Descôteaux. À la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 17 au 21 mars, 20 h.