Trio bigarré au Nederlands Dans Theater

L’écriture chorégraphique de groupe de «Vladimir», qui circule aux abords de quatre panneaux de bois, se compose de nombreux registres de danse allant de multiples folklores aux danses sociales, en passant par des similis «street dances».
Photo: Rahi Rezvani L’écriture chorégraphique de groupe de «Vladimir», qui circule aux abords de quatre panneaux de bois, se compose de nombreux registres de danse allant de multiples folklores aux danses sociales, en passant par des similis «street dances».

Trois projets des chorégraphes Hofesh Shechter, Crystal Pite et Sol León & Paul Lightfoot, durant respectivement 30, 19 et 34 minutes, sont présentés ces jours-ci par le Nederlands Dans Theater (NDT) au Théâtre Maisonneuve. La soirée dure en réalité plus de 2 h 15 car deux longs entractes sont indispensables aux changements de décors, assez imposants, voire de plus en plus emphatiques. L’ensemble est disparate avec, en point de force, une proposition de Crystal Pite qui se détache nettement du lot.

Derrière l’hétérogénéité de la soirée, que le directeur artistique de NDT explique paresseusement par le fait que « les formes d’expression, bien que diverses, se rapportent toutes en quelque sorte, à ce monde de fou que nous habitons ensemble », trois écritures chorégraphiques se détachent : une inclination pour l’exotisme chez Hofesh Shechter, une réelle friction entre langage et mouvement chez Crystal Pite et une certaine complaisance face au mouvement dansé chez Sol León & Paul Lightfoot.

En entrée, Vladimir de Hofesh Shechter séduit par sa facture flatteuse. L’écriture chorégraphique de groupe, qui circule aux abords de quatre panneaux de bois, se compose de nombreux registres de danse allant de multiples folklores aux danses sociales, en passant par des similis street dances que l’on reconnaît par leurs codes et non leur essence.

C’est habile dans la combinaison des références, et c’est aussi bien exécuté par les danseurs tout terrain qui excellent dans le passage d’un style à un autre. Le tout a des allures de catalogue exotique efficace, à l’image d’une mondialisation de la danse sans surprise se lisant comme un Reader’s digest de la danse. Le syncrétisme ne fait pas l’épaisseur d’un projet.

Si le décor de The Statement de Crytal Pite est gros, au moins, il fait sens. Au centre, trône une table rectangulaire coiffée d’une énorme cheminée noire dont la démesure nous fait pencher pour la symbolique d’un organe de surveillance plutôt que pour la hotte aspirante. Au-delà du décor, l’intérêt réside dans la recherche d’une friction entre langage et mouvement que proposent les quatre interprètes tentant de communiquer autour de cette table des négociations.

La manière singulière dont Crystal Pite superpose la danse et les mots rend l’un et l’autre aussi absurdes que drôles. L’humour demande de la distance et de l’espace. Ce dialogue fonctionne car il produit autre chose qu’une quête de sens sans verser dans la singerie. Peu importe que l’on s’attache à la signification de ce qui est dit. Ce qui est important, c’est la dimension possible créée par cette combinaison parler-danser qui repose sur une relation de musicalité réciproque des mouvements vers les mots.

En fin de parcours, Singulière odyssée de Sol León & Paul Lightfoot brille par la mégalomanie de son décor — une sorte de reproduction de la salle d’attente art déco de la Gare Centrale de Bâle — qui conduit au bavardage. C’est là sa seule véritable force, la chorégraphie offrant une succession d’idées et d’effets générant un rapport très complaisant au mouvement, démonstratif, objectal, pantomimique. Une troisième proposition où l’on aura attendu qu’il se passe quelque chose de substantiel dans ce hall d’attente.

Vladimir / The Statement //Singulière odyssée

Du Nederlands Dans Theater. Chorégraphie : Hofesh Schechter. / Chorégraphie : Crystal Pite. // Chorégraphie : Sol León & Paul Lightfoot. Jusqu’au 14 mars au Théâtre Maisonneuve, à 20 h.