«Suspendu au sol» et «Pythagore mon corps»: de la suggestion à la démonstration

Dans «Pythagore mon corps», il y a un désir très fort d’exposition, de démonstration, de preuves de savoir-faire, ou encore d’équation à l’instar du titre de la pièce.
Photo: Frédéric Chais Dans «Pythagore mon corps», il y a un désir très fort d’exposition, de démonstration, de preuves de savoir-faire, ou encore d’équation à l’instar du titre de la pièce.

Sur papier, les projets Suspendu au sol de Philippe Meunier et Ian Yaworski et Pythagore mon corps de Stacey Désilier annoncent des rencontres entre différentes pratiques : la danse contemporaine et la gigue pour le premier, les arts martiaux, les danses urbaines et la boxe pour le second. S’il n’y a pas à proprement parler de thème commun qui se dégage de ces deux projets, une recherche sur un dialogue entre des techniques émerge. Dialogue qui se joue tout en contrastes.

Chaque technique détient son lot de codes. C’est le principe même d’une technique, qui est d’abord un outil et non une finalité esthétique en soi. Au service de quoi se mettent alors ces dialogues ? Les deux projets présentés jusqu’au 9 février à Tangente proposent de traiter cet espace de façon radicalement distincte : la suggestion pour l’un, la démonstration pour l’autre.

Errance perceptive

Et que suggère Suspendu au sol ? L’expression, d’emblée, induit une poétique, voire une utopie. Il ne s’agira pas de donner une réponse limpide et tangible à nos interrogations, encore moins d’offrir un résultat concret sur la combinaison ou la friction entre danse contemporaine et gigue. Les quatre danseurs, en continu sur scène, évoluent d’abord dans la solitude de leurs verticalités respectives, bougeant de façon infime au niveau du sternum au rythme d’une pulsation, pour ensuite se déployer dans l’espace avec une plus grande amplitude de gestes les conduisant à se déplacer et à se rassembler.

Photo: Denis Martin Il n’y a pas d’évidence, et encore moins d’autorité, dans «Suspendu au sol». Seulement une tentative d’inventer un langage aux contours flous.

Un groupe ? Une communauté ? Pas vraiment puisque des duos se mettent en place, en contact par le bras, des jeux de poids et contrepoids, quelques portés çà et là. Une qualité plus fluide, plus liquide, moins hachurée. De la danse contemporaine ? Pas vraiment. Plus tard, une ligne de profil, des allers-retours avec un jeu de jambes répétitif, comme si le sol se dérobait sous leurs pieds. Un rythme commun, un unisson, régulièrement des échappées belles en solo, des oeillades douces et complices, des claquements de doigts, des frappés sur le corps. De la gigue ? Pas vraiment non plus.

C’est comme si rien ne s’imposait au regard, sinon une invitation à l’errance perceptive, à une sorte d’attention flottante. C’est comme si on venait baisser en permanence le volume d’une potentielle codification, pour éviter la reconnaissance d’un langage spécifique et laisser place à une zone indéterminée.

Il n’y a pas d’évidence, et encore moins d’autorité, dans Suspendu au sol. Seulement une tentative d’inventer un langage aux contours flous. Même l’élément le plus identifiable, une rythmique des pieds, ne se produira qu’à la toute fin et dans le noir, comme un clin d’oeil joliment discret.

Désir d’équation

Pythagore mon corps, plus jeune, plus verte et plus fougueuse, propose une expérience bien différente. Les six interprètes, vêtues de chandails aux couleurs fluorescentes, ne cherchent pas l’éclipse. Bien au contraire. Il y a un désir très fort d’exposition, de démonstration, de preuves de savoir-faire, ou encore d’équation à l’instar du titre de la pièce.

L’écriture fonctionne davantage sur le mode du collage de différentes techniques, le plus souvent dans une fusion avec la musique. Dans ce sens, l’écriture est plus classique, dans la mesure où le traitement de la matière ne se fait pas par détachement. C’est frontal, brut. Il n’y a pas de distance. Ça frôle parfois le caractère un peu scolaire, avec néanmoins une grande générosité énergétique.

Il s’agit manifestement d’une soirée dont les relations au spectaculaire sont contrastées.

Suspendu au sol / Pythagore mon corps

Chorégraphie de Philippe Meunier et Ian Yaworski. / Chorégraphie : Stacey Désilier. Jusqu’au 9 février, à Tangente.