«Radicale vitalité, solos et duos»: univers en rafale

Les sons émis par les danseurs, qui occupent une place essentielle dans l’œuvre, sont accompagnés par les visages très mobiles qu’on voit souvent chez Chouinard.
Photo: Sylvie-Ann Paré Les sons émis par les danseurs, qui occupent une place essentielle dans l’œuvre, sont accompagnés par les visages très mobiles qu’on voit souvent chez Chouinard.

La chorégraphe Marie Chouinard signe un ensemble de pièces courtes, dont trois originales et les 22 autres puisées dans ses créations, revisitées, triturées, détournées. On peut tout à fait créer quelque chose de nouveau en retournant aux sources.

Le plus long tableau — un solo sobre et touchant de 20 minutes — a lieu à l’entrée, avant le spectacle. Les 24 autres propositions, principalement des solos et des duos, durent d’une à cinq minutes en moyenne, se succédant à un rythme haletant.

Ces extraits retravaillés de chorégraphies de groupe offrent des incursions dans plusieurs univers distincts, sur des musiques électroniques, électroacoustiques ou classiques. Dans l’ensemble, on est saisi par leur théâtralité, leur poésie, leur humour, leur sensualité. Le plateau nu arbore une forêt de micros qui tombent du plafond. Le son occupe une place essentielle dans l’œuvre : jappements, cris, gémissements, onomatopées, grognements des danseurs et danseuses…

Ces sons sont provoqués par les mouvements, ou alors ces derniers catalysent leur formation. Ils sont accompagnés par les visages très mobiles qu’on voit souvent chez Chouinard. La gestuelle virtuose, portée par de splendides danseurs et soutenue par une utilisation très efficace de la lumière, déploie les colonnes expressives propres à Chouinard et fricote souvent avec le pantin, la robotique délurée.

Déclinant une vaste gamme d’émotions humaines, Radicale vitalité façonne des images puissantes, comme cette femme-percussion humaine dans une piscine enflammée ou encore la célèbre « petite danse sans nom » retravaillée, à l’origine dansée par Chouinard elle-même, où elle buvait un verre d’eau et urinait dans un seau.

Deux magnifiques faux solos, extrêmement touchants, donnent à voir une interprète assise dans un coin du plateau et un dispositif qui projetait son image morcelée sur un grand écran. On n’en dira pas plus pour conserver la surprise.

Dans cette enfilade de pépites, souvent empreinte d’une absurdité lunaire, d’une sorte de réalisme magique, on aura préféré les « miniatures » — pour emprunter un mot au programme — plus théâtrales aux duos dépliant une gestuelle plus formaliste et des rôles de genres plus classiques. Mais même ces derniers subvertissent avec intelligence les représentations des rapports humains.

Radicale vitalité, solos et duos, Compagnie Marie Chouinard

Interprètes : Michael Baboolal, Adrian W.S. Batt, Jossua Collin-Dufour, Valeria Galluccio, Kimberley De Jong, Motrya Kozbur, Luigi Luna, Sayer Mansfield, Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur, Clémentine Schindler, Celeste Robbins
Du 30 janvier au 1er février, Danse Danse, Théâtre Maisonneuve