Désirs de mémoire, d’exploration et de sensorialité

«In-Ward», d’Alexandra «Spicey» Landé, traitera des relations de pouvoir et de groupe.
Photo: Melikadez «In-Ward», d’Alexandra «Spicey» Landé, traitera des relations de pouvoir et de groupe.

Il est parfois délicat de trouver sa place comme spectateur en regard de la multiplicité et de la diversité des propositions chorégraphiques actuelles. La danse actuelle, pour ne pas pas dire contemporaine, agit en effet sur bien des fronts.

Oui, nous proposons ici le vocable danse actuelle car la confusion entre la danse contemporaine comme genre et la danse contemporaine comme périodisation est devenue presque inextricable.  Pourtant, différents genres cohabitent bel et bien. Encore faudrait-il prendre le temps de se redemander de quoi ils sont porteurs, si tant est que cela intéresse encore quiconque ?

 

Car, les instances institutionnelles, elles, poursuivent leur obsession de catégoriser les pratiques de danses, ne serait-ce que pour mieux les contrôler.On ne sera donc pas le moindrement étonnés de voir sur nos scènes de danse cet hiver une pléthore de propositions aussi riches que variées attiser les curiosités comme autant de tentatives d’art et de possibilités d’entrer en relation avec qui souhaiterait en faire l’expérience.On sera notamment, et de façon non exhaustive, attentifs aux explorations hybrides au sein des programmes doubles à Tangente qui affichent tant de singularités thématiques ou d’axes de recherche que d’artistes qu’il serait réducteur de les rassembler sous une même problématique centrale.

Retenons-en quand même un certain nombre, soit les programmes doubles que signent Bettina Szabo + Alexandre Morin et Jonathan Goulet, Philippe Meunier et Ian Yaworski + Stacey Désilier, Jane-Alison McKinney+ Geneviève Smith-Courtois ou encore Sébastien Provencher et Mathieu Leroux.

On ne le dit pas assez souvent, mais l’art de la danse, par le simple et radical fait de traiter du corps et de sa relation aux autres, s’avère une affaire bien plus politique qu’on oserait le penser. Il sera intéressant de voir comment les chorégraphes Alexandra « Spicey » Landé à l’Agora avec In-Ward et Virginie Brunelle à Danse Danse avec Les corps avalés traiteront, chacune à leur manière, des relations de pouvoir et de groupe.

Ce que l’on ne dit pas non plus assez souvent, c’est que l’art de la danse peine à être mis au même rang que les autres arts, sur le plan de la reconnaissance sociale, économique et politique.

Tant qu’à devoir évoluer dans la précarité, autant s’autoriser à revenir régulièrement à des choses essentielles. D’où la manifestation d’un goût, d’un désir pour des questions d’humanité, d’histoire, de mémoire, d’émotion et de sensorialité dont témoigne le projet One Kind Favor de Karla Etienne, Radwan Ghazi Moumneh et George Stamos présenté au MAI par Danse-Cité, de même que le solo Pour sortir au jour d’Olivier Dubois et Les appuis imaginés que signe Jean-Sébastien Lourdais en complicité avec l’interprète Catherine Lalonde et la dramaturge Marie-Stéphane Ledoux, tous deux à l’Agora. On note un même élan à Danse Danse avec le Winterreise de José Navas et Seulement toi d’Anne Plamondon.

Certes, l’art de la danse, dans sa vastitude et la délicatesse de sa circonscription, ne fait pas l’économie de son lot de codifications, de raccourcis, de fainéantises, voire de dangers intellectuels, sous couvert justement d’être une affaire de corps qui se passerait de mots et d’espaces réflexifs. Il n’en reste pas moins que l’art chorégraphique (à distinguer du divertissement chorégraphique) cherche sans cesse à décloisonner les pratiques, les langages, les pensées et à travailler sur des questions politiques et sociales (inhérentes à sa pratique) telles qu’on lui demande bien trop souvent d’être un outil, un vecteur, une fonction de résolution.

Que l’on ne s’y méprenne pas, les artistes ne sont pas là pour résoudre les problèmes d’une société, mais bien pour dialoguer, partager du sensible et ne pas oublier que nous sommes en vie. Le retour des pratiques régulières intergénérationnelles de Sarah Dell’Ava à l’Agora, ouvertes à tous les amateurs et amatrices du mouvement dansé, participe précisément de cet appétit. Une belle manière d’affiner également sa pratique de spectateur par la pratique.

Enfin, il semble y avoir également des rendez-vous importants, comme des anniversaires à ne pas manquer, avec notamment la création de Promesses par Louise Bédard à l’Agora, qui marque les trente ans de la compagnie. Soulignons aussi le retour de la pièce bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG de Marie Chouinard, qui fête ses quinze ans de création avec, en prime, un assemblage de 24 miniatures dansées, Radical Vitality, solos et duos,au travers duquel la chorégraphe propose un ensemble de trois courtes créations originales ainsi que de fragments d’œuvres devenus autonomes sur lesquels elle pose un regard neuf, tous deux à Danse Danse.

L’hiver sera éminemment riche d’expériences chorégraphiques, alors à vos agendas !

 

Beethoven ​sur pointes

L’année 2020 marque le 250e anniversaire de naissance du génial compositeur et pianiste allemand, dont la musique lancera la saison hivernale des Grands Ballets canadiens. Danser Beethoven mettra en lumière le travail de l’Américain Garrett Smith et du regretté chorégraphe allemand Uwe Scholz. On surveillera aussi Luna, fruit d’une réflexion croisant humanité, grâce et compassion qui mettra en avant le travail chorégraphique du Montréalais d’adoption Andrew Skeels, de la Vancouvéroise Lesley Telford et de la première danseuse des GBC, Vanesa Garcia Ribala Montoya.