«Sonore Dés_accord»: gigueurs d’aujourd’hui

Ian Yaworski et Philippe Meunier pour «Sonore_dés-accord»
Photo: Vanessa Fortin Ian Yaworski et Philippe Meunier pour «Sonore_dés-accord»

Avec Sonore Dés_accord, le chorégraphe Benjamin Hatcher compose un espace de rencontre des corps, porté par des danseurs en quête d’exploration de la précarité et de la fragilité des relations humaines. La recherche de soutien et de reconnaissance constitue le moteur de cette pièce rendue par sept interprètes formés en gigue traditionnelle ou contemporaine.

« Je côtoie le milieu de la gigue depuis une douzaine d’années. C’est un mouvement qui tapisse de plus en plus le paysage de la danse. La pratique de la gigue célèbre l’expression québécoise traditionnelle, tout en participant à une modernisation de cette forme de danse », partage Benjamin Hatcher. Figure bien connue du circuit de la danse montréalaise, Benjamin Hatcher a dansé Carmina Burana et autres grandes œuvres au sein des Grands ballets canadiens, avant de se frotter au contemporain (Les petites sociétés, L’exil/l’oubli…) du côté de la Fondation Jean-Pierre-Perreault.

Avant tout, je veux engager et interpeller le spectateur, pour qu’il se sente concerné par l’évolution de ces personnages qui composent un collectif, une mini-société qui trouve l’unité dans la diversité

Sa fascination perpétuelle pour les séquences rythmiques a justement pris forme pendant ses années avec Jean-Pierre Perreault. « C’est un univers sonore qui m’a beaucoup marqué : l’écoulement du temps, le battement rythmique et sonore, le travail de groupe avec les pieds. Je réalise à quel point ce travail est resté proche de moi, et ce, de façon viscérale. » C’est toutefois en 2003, lors de la création d’une pièce pour Les sortilèges, que Benjamin Hatcher s’est d’abord initié aux subtilités et aux rudiments de la gigue. La possibilité d’entrer en déséquilibre, les élans physiques portés tantôt musclés, tantôt empreints de délicatesse, la sonorité des pieds… Toutes ces possibilités séduisent et inspirent le chorégraphe qui, 16 ans plus tard, renoue avec ce genre, s’entourant d’un groupe de danseurs qui, selon lui, constituent « le noyau fort du mouvement de la gigue contemporaine ».

Photo: Vanessa Fortin

« Ce sont des danseurs très polyvalents, avec de l’expérience en ballet, en danse urbaine, en capoeira, en danse contemporaine… Ce genre de bagage est très intéressant pour un créateur. »

L’unité dans la diversité

Le travail de recherche et d’amalgame de la gigue et du contemporain, poursuit le créateur, lui a permis de réaliser des explorations corporelles et de faire émerger une signature chorégraphique personnelle. « Je suis davantage intéressé à la gigue en tant que langage en soi et capable de créer un dialogue avec les interprètes que par son côté virtuose. Cela me fascine de constater comment la gigue peut être très éclatée et extrêmement précise ; combien elle peut demander une grande méticulosité. »

Photo: Vanessa Fortin

Benjamin Hatcher promet « une pièce où ça bouge beaucoup physiquement. Du travail de solo, des échanges intimes en duo… La somme du travail entre interprètes pouvant être exprimée de manière tantôt intimiste, tantôt dans une grande exubérance.» Accordant une grande importance à l’intention du geste, à l’importance du toucher, du regard et du contact entre les interprètes, le langage chorégraphique de Benjamin Hatcher parle d’altruisme, de solidarité…

Photo: Vanessa Fortin

« Avant tout, je veux engager et interpeller le spectateur, pour qu’il se sente concerné par l’évolution de ces personnages qui composent un collectif, une mini-société qui trouve l’unité dans la diversité. La gigue prend son pouvoir dans sa façon d’être une expression collective, comme un slogan qui serait scandé dans la rue par des jeunes en train de manifester pendant le Printemps érable ! »

La vulnérabilité de la condition humaine est au cœur de la pensée créatrice de Benjamin Hatcher, qui a voulu faire écho au besoin de compassion interpersonnelle qui, selon lui, manque cruellement à notre époque. « J’ai senti le besoin de réagir aux discours de jugement, d’intolérance et d’indifférence qui domine le monde, en réunissant un collectif d’individuels auquel le spectateur peut s’identifier. Ces danseurs incarnent la recherche d’une nouvelle façon de faire, de voir la vie, et même, un renouveau spirituel. »

Sonore Dés_accord

De Benjamin Hatcher. Au théâtre aux Écuries, les 5, 6, 7, 10, 11, 12, 13 et 14 décembre, 20 h.