«Emerge»: performer, c’est politique

Il faut saluer l’initiative d’Émerge, l’exigence de sa programmation artistique et discursive et son désir de les mettre en dialogue dans un même espace.
Photo: Sharjah Art Foundation Il faut saluer l’initiative d’Émerge, l’exigence de sa programmation artistique et discursive et son désir de les mettre en dialogue dans un même espace.

Pendant cinq jours, le Musée d’art contemporain de Montréal, en partenariat avec le Goethe-Institut de Montréal et le Consulat français, offre — littéralement puisque l’entrée est gratuite — la part belle à la performativité et sa discursivité dans un contexte délicat où des employés du musée sont en grève ce jour-là pour des questions relatives à leurs conditions de travail. Se pose alors la question de ce qu’on célèbre, l’art ou la grève ?

En arrivant mardi au MAC dans la perspective d’assister à la première soirée du festival Émerge, pensée et définie comme une manifestation dédiée à la performance, on est tout de suite happé, en ouvrant la porte du musée, par les sons émis par certains membres du personnel du MAC manifestant. On entre tout de même en mesurant l’incongruité de cette conjoncture.

Des trois commissaires organisateurs de cet événement — Mark Lanctôt, Mehdi Brit et Chantal Pontbriand —, Mark Lanctôt, conservateur au MAC, n’est pas présent pour l’ouverture, car il manifeste devant son propre lieu de travail, ce qui demande beaucoup de courage. Deux types de performances et de soulèvements coexistent et posent la question de ce qu’on célèbre, et en vue de quoi ? Ou plutôt, qu’est-il important de célébrer ici ? Qu’est-ce qui est important là tout de suite maintenant, dans ce fameux présent inhérent à la performance ?

Toute la portée de la performance réside dans sa potentialité à intégrer hic et nunc le contexte politique singulier duquel elle émerge. Ce que fera l’artiste norvégienne Marthe Ramm Fortun avec finesse et en filigrane, pour qui accepterait de faire des liens au sein même de sa performance Ciel. Mais pas seulement.

Ce qui apparaît avec force quasi systématiquement dans le « cadre » ou non-cadre de la performance, c’est la liberté avec laquelle les artistes prennent l’espace et le temps comme espace de partage pour s’émanciper des catégories de monstration, d’exposition du don sensible, sensoriel, linguistique et inventer des modes d’adresse au public.

Cela nous renvoie à la phrase de l’écrivain Christophe Honoré lorsqu’il écrit : « Depuis quand n’as-tu pas fait quelque chose d’enfantin ? » On ne saura jamais, en effet, si l’intervention de l’enfant de l’artiste pendant sa performance était prévue à ce point dans l’écriture ou complètement inouïe, et là n’est pas la question. Cela est venu renforcer cette idée du jeu dans le jeu tout en ramenant à une réalité du présent, et donc à une idée de la nécessité du jeu dans le réel de toute situation.

C’est là, précisément, où la présence de performances en art dans les cadres institutionnels trouve leur intérêt et c’est bien là aussi qu’il faut saluer l’initiative d’Émerge, l’exigence de sa programmation artistique et discursive et son désir de les mettre en dialogue dans un même espace. Prévoyez vos collations, car les soirées nécessitent du carburant ! Entre-temps, la grève a été levée. C’est une semaine importante de soulèvements pluriels et infinis.

Émerge

Commissariat : Mehdi Brit, Mark Lanctôt et Chantal Pontbriand. Au Musée d’art contemporain de Montréal, jusqu’au 23 novembre.