«Real’s fiction/dissonant pleasures»: moi, l’autre et la chorale

Basé à Montréal, mais menant une carrière internationale, le créateur Benjamin Kamino (au centre) poursuit un travail exploratoire sur les sensations corporelles et leurs manifestations dans le phénomène chorégraphique.
Photo: Benjamin Kamino Basé à Montréal, mais menant une carrière internationale, le créateur Benjamin Kamino (au centre) poursuit un travail exploratoire sur les sensations corporelles et leurs manifestations dans le phénomène chorégraphique.

Il est beaucoup question d’écoute, de toucher, d’espace interpersonnel dans la pièce Real’s fiction\dissonant_pleasures du chorégraphe et danseur Benjamin Kamino. « Jusqu’où les corps peuvent-ils entrer en proximité, sans fusionner dans une complète unité » constitue la question pivot de cette œuvre qui prendra forme dans une improvisation dirigée sur la scène de Montréal, arts interculturels (MAI).

Nous partons sur une base commune voulant que chacun d’entre nous possède une voix distincte

À travers ses pièces précédentes, axées sur la présence des corps dans l’espace et face aux autres — notamment avec le solo Nudity. Desire et m/Other en duo avec sa mère, Gabby Kamino —, Benjamin Kamino poursuit un travail exploratoire sur les sensations corporelles et leurs manifestations dans le phénomène chorégraphique. Basé à Montréal, mais menant une carrière internationale, le créateur s’est aussi produit pour une longue liste de chorégraphes, dont Marie Chouinard, Peggy Baker et Michael Trent.

« Pour ce travail, je voulais réfléchir à ce qu’il y a de particulier dans la danse et exercer une observation du phénomène chorégraphique homogène, raconte Benjamin Kamino. Je voulais explorer la façon dont la consolidation prend forme, à travers des politiques stratégiques et non consensuelles. »

La valse de l’écoute et du son

Les spectateurs qui se prêteront à l’expérience chorégraphique de Real’s fiction\dissonant_pleasures seront parties prenantes de l’objectif ultime de la pièce, qui consiste à interpréter en chœur une chanson. « Nous partons sur une base commune voulant que chacun d’entre nous possède une voix distincte », réfléchit celui qui, par le biais de ce travail de création, cherche à aborder la délicate question de la construction stratégique du consensus.

« Toute la performance est improvisée et, pour la performance de la chanson, nous ne nous appuyons même pas sur une trame musicale enregistrée », indique Benjamin Kamino. La première portion de la pièce servira à transmettre aux membres du public les règles du jeu qui mènera à l’interprétation de la chanson. Une fois que tous les spectateurs auront été mis au courant, les lumières changeront et la salle du centre MAI se transformera en vaste chorale.

Photo: Benjamin Kamino

« Il y aura des difficultés, anticipe le créateur. Certaines personnes ressentiront le besoin de bouger, d’autres, de se rapprocher les unes des autres. Pour moi, une telle forme de création se rapproche beaucoup de la danse. » Le chorégraphe reconnaît que c’est une précédente collaboration avec le performeur Christopher Willes qui a inspiré l’univers de Real’s fiction\dissonant_pleasures.

« Sur le plan du storytelling, ma collaboration avec Christopher Willes m’a familiarisé avec plusieurs concepts nouveaux sur les forces résonantes et les géographies sonores mobiles », évoque Benjamin Kamino, qui puise aussi dans les travaux de l’artiste du son américain Pauline Oliveros, qui a développé une approche d’« écoute profonde » (deep listening). « Je m’intéresse beaucoup à la relation de codépendance entre le bruit et l’écoute. »

Benjamin Kamino espère que les spectateurs qui feront l’expérience de Real’s fiction\dissonant_pleasures se montreront curieux et n’hésiteront pas à poser des questions. Lui-même envisage son travail comme une exploration de futurs possibles, dans l’exploration des différentiations, du consensus et du rapport politique entre le chorégraphe et le public. « À mes yeux, cette pièce est une expression bien rodée de l’anarchie. »

Real’s fiction \ dissonant_pleasures

Benjamin Kamino, au Montréal, arts interculturels, du 28 au 30 novembre. Le samedi 30 novembre, la performance sera suivie d’un concert expérimental gratuit qui débutera autour de 22 h.