La «Jacksonmania» de Marie Mougeolle

On reconnaît bien les postures, les marches, les gestes de Michael Jackson — enfant, la critique a passé des heures à les décortiquer et à les copier —, mais ces derniers sont ralentis, déconstruits, détricotés et re-tricotés, et deviennent propres à Marie Mougeolle.
Photo: Sandra Lynn Bélanger On reconnaît bien les postures, les marches, les gestes de Michael Jackson — enfant, la critique a passé des heures à les décortiquer et à les copier —, mais ces derniers sont ralentis, déconstruits, détricotés et re-tricotés, et deviennent propres à Marie Mougeolle.

Entourée de son frère et de sa sœur avec qui elle forme une fratrie de triplés, la chorégraphe-interprète Marie Mougeolle s’approprie la figure équivoque du chanteur et sa gestuelle véloce dans une œuvre fascinante.

Un plateau épuré, une grande toile blanche au mur rappelant le visuel de l’album Bad. Une femme debout de profil, habillée en apparence comme à la ville, une main posée sur le visage, le coude angulaire. Insensiblement, des ondulations commencent à traverser son corps, s’amplifiant progressivement. Les ondulations deviennent déplacements. Marie Mougeolle serpente, ses pas deviennent moonwalk. Jeux précis de jambes glissées dans un pantalon noir avec bandes pailletées, mouvements de la tête incisifs. Mains, bras et doigts étonnamment loquaces.

Dans un coin du plateau est assis à une table un musicien, avec ses machines et une guitare électrique à ses côtés, qu’on ne remarque pas d’emblée. La trame sonore est électroacoustique, planante. On reconnaît bien les postures, les marches, les gestes de Michael Jackson — enfant, la critique a passé des heures à les décortiquer et à les copier —, mais ces derniers sont ralentis, déconstruits, détricotés et re-tricotés, et deviennent propres à Marie Mougeolle. Difficile de quitter des yeux un simple « port » de bras et ses transformations tout au long d’une rétroglissade. Celle-ci a une présence incroyable, magnétique.

La bouche de la performeuse s’écartèle, béante, sans bruit. Plus tard, elle proférera des sons étranglés, entre monstre énigmatique et bête de scène. La deuxième partie est plus personnelle, tout aussi galvanisante, duo intime avec le frère musicien devenu guitariste et pléthore de tours. Car il s’agit d’une affaire de famille, la chorégraphe s’étant notamment entourée de son frère (musique) et de sa sœur (costumes).

Le roi de la pop a beaucoup influencé la culture populaire, mais il a lui-même perfectionné des mouvements qui existaient déjà. Le moonwalk avait été introduit dans les années 1900 par Cab Calloway, un chanteur de jazz étasunien. Il y a quelque chose de fantastique à voir cette filiation, ces gestes, a se transformer et revêtir d’autres significations.

Quand je serai grande, je serai (guitariste de) Michael Jackson est une œuvre bien contemporaine, hypnotique et pleine de finesse. La chorégraphe a extrait le substrat de l’univers chorégraphique du chanteur et en a fait autre chose. On en redemande.

Quand je serai grande, je serai (guitariste de) Michael Jackson

Chorégraphe et interprète: Marie Mougeolle
Concepteur sonore et interprète: Mathieu Mougeolle
Conceptrice costumes : Camille Mougeolle
Éclairage : Hugo Dalphond
Tangente, 24-27 octobre