«Casualties of Memory», «O Balcão de Amor» et «Soul»: la répétition ne fait pas une signature

<em>Soul</em>, un duo de huit minutes sur un morceau de blues chorégraphié par Andonis Foniadakis, livré par Elijah Labay et Céline Cassone
Photo: Sasha Onyshchenko Soul, un duo de huit minutes sur un morceau de blues chorégraphié par Andonis Foniadakis, livré par Elijah Labay et Céline Cassone

La 22e saison de Danse Danse s’est ouverte avec un programme triple des Ballets jazz de Montréal articulé autour de trois genres musicaux très typés, pour ne pas dire vernaculaires. Un voyage sonore fait de contrastes et de textures très précises, qui, paradoxalement, s’incarne dans une danse d’une uniformité formelle répétitive dépourvue de chair et surchargée de muscles.

Sur papier, le programme se départage entre Soul, un duo de huit minutes sur un morceau de blues chorégraphié par Andonis Foniadakis, enchâssé entre deux pièces de groupe du chorégraphe Itzik Galili d’environ 30 minutes, O Balcão de Amor et Casualties of Memory, la première sur un répertoire de mambo et la seconde sur des percussions aux couleurs d’Afrique du Nord.

Lever du rideau. Un plateau vide. Une douche de lumière au centre. Un danseur (noir, le seul) entre sur scène faisant un coucou de la main au public. Il se plante dans la lumière, qui se déplace aussitôt. Le gag se répète jusqu’au moment où un autre danseur (blanc) se met dans la lumière, qui là, ne bouge plus. Premier gag. Peut-on parler d’humour ?

Puis des lignes de danseurs. Une danse démonstrative. D’autres gags. Des hommes laissant tomber des femmes à peine arrivées dans leurs bras. Des hommes claquant les fesses des femmes. Une relation homme-femme bourrée de clichés. Des levers de jambes, beaucoup de levers de jambes, à toutes les sauces, mais surtout en appui sur une jambe, une main posée au sol et la seconde jambe développée vers le ciel, tel un grand écart vertical.

Rien d’une danse mambo sur cette musique mambo, où nous aurions préféré, quitte à y être, assister à une pratique de mambo. Applaudissements après des glissades au sol à l’issue desquelles des couples simulent grossièrement un coït.

Deuxième lever de rideau suivi d’une levée de pluie de projecteurs suspendus par des fils laissant apparaître une femme au centre, bientôt rejointe par un homme. Une débauche de mouvements sur toute la durée du morceau dans un duo homme-femme plutôt hétéronormé, où pourtant la présence d’un costume presque unisexe (pantalons noirs, torse nu pour lui et brassière couleur chair se confondant avec la peau pour elle) laissait poindre la recherche d’une relation un brin progressiste. Cela bouge tellement dans tous les sens que nous n’accédons qu’à du bavardage. Coucher de lumière sur lui pour faire changement. Entracte.

Au troisième lever de rideau, nous assisterons à un cours technique de danse. À nouveau des démonstrations de mouvements. La même sphère de gestes concentriques. Pas de sensation de déploiement des corps dans l’espace. Pas de prise d’espace ni de projections des corps, pas de prises de risques. Quelques cris comme clichés d’une transe qui n’en est pas une. Que du contrôle. Juste du « faire pour faire ». Pas de faille, pas de vulnérabilité.

Tout est fait avec le même goût. Tout au long de la soirée. La reprise du même mouvement encore et encore, ce lever développé d’une jambe, en appui sur l’autre, et une main posée au sol. Une signature ? Non, de l’ennui. En cherchant soi-disant à repousser les limites physiques des danseurs, nous faisons face à une danse limitée. Les corps dansants du XXIe siècle n’ont-ils que cela à mettre en partage ?

O Balcão de Amor et Casualties of Memory

Chorégraphie : Itzik Galili. Musique pour O Balcão de Amor : Pérez Prado. Musique pour Casualties of Memory : Les Frères Grand, avec la participation de Joseph Khoury.

Soul

Chorégraphie : Andonis Foniadakis. Musique : Big Mama Thorton, interprétée par Angel Forrest. Avec les danseurs des BJM. Direction artistique : Louis Robitaille.

Jusqu’au 5 octobre, 20h, au Théâtre Maisonneuve.