«Inscape, l’autre maintenant»: Expérience «in situ» ou visite guidée?

Dans «Inscape, l’autre maintenant», quel est cet autre? Milan Gervais laisse cette question en suspens.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans «Inscape, l’autre maintenant», quel est cet autre? Milan Gervais laisse cette question en suspens.

Avec Inscape, l’autre maintenant, la chorégraphe Milan Gervais ouvre la saison de Danse-Cité avec audace en sortant la danse du cocon théâtral pour la planter sur le bitume du stationnement Éthel, rue Wellington, à Verdun. Une proposition qui, en faisant sauter certaines limites physiques et géographiques, impose paradoxalement le respect de quelques conventions.

La proposition débute dès la billetterie éphémère où les instructions visant à assurer le bon déroulement de la soirée se font entendre. La visite guidée au sein d’un stationnement de neuf étages vidé de ses voitures sera encadrée par une équipe de bénévoles repérables à leur lampe torche. Les chuchotements seront permis, mais les cellulaires devront être éteints.

Nous voilà conduits à l’étage supérieur au plafond bas de béton. Une rangée de chaises invite les premiers arrivés à s’asseoir. D’emblée, un rapport frontal s’inscrit et surprend. Pourquoi pas ? Pour une fois que nous avons un bandeau de ville pour fond de scène. La bande-son se fait entendre ; les interprètes apparaissent tels des marcheurs déambulant avec des déplacements qui semblent motivés par un déséquilibre, une oscillation, un vacillement du corps.

Les cinq interprètes évoluent comme autant de solitudes jusqu’au moment où le passage de l’une au sol entraîne un jeu de dépôt éphémère et délicat des corps des uns et des autres sur le béton. Les danseurs disparaissent, suivis par les porteurs de la musique, elle aussi mobile. Happés par ce mouvement, nous nous engageons naturellement derrière eux, avant d’être arrêtés par l’équipe encadrante. Il y aura un contrôle des flux là où la déambulation invitait à l’errance. Le même protocole, où la rencontre de front et les changements de costumes seront de rigueur, rythmera les quatre tableaux suivants, qui se dérouleront aux étages supérieurs pour finir à ciel ouvert.

Au fur et à mesure, la danse s’imposera au regard du spectateur au détriment d’une relation triangulaire avec l’environnement. Or, l’expérience de l’in situ convoque des attentes, notamment la manière dont l’espace transforme les corps dans leur rapport au mouvement, à la matière qui les entoure, à l’adresse au public.

Là, les tableaux proposent une matière chorégraphique dont les déliés, les qualités de relâchés, les jeux de poids et de contrepoids, les rapports de groupe et d’individus renvoient à un type de mouvements autosuffisants qui semblent directement transposés depuis un studio de danse ou une scène de théâtre. Dans Inscape, l’autre maintenant, quel est cet autre ? Milan Gervais laisse cette question en suspens.

L’expérience n’en laisse pas moins des traces. Oui, nous avons pu apprécier les effets de distance et de proximité comme les jeux de perception que permettent, voire imposent de tels espaces. Oui, nous avons pu saluer les « hors-champ » rendus visibles par la subtilité avec laquelle les espaces sont éclairés, et l’imaginaire cinématographique que cela peut générer. Oui, nous avons également pu mesurer les contraintes et exigences que pose un tel lieu. C’est déjà beaucoup.

Inscape, l’autre maintenant

Chorégraphie : Milan Gervais. Collaboration à la création et interprétation : Patrick Lamothe, Simon-Xavier Lefebvre, Susan Paulson, Marine Rixhon, Jessica Serli. Présentée par Danse-Cité au stationnement Éthel jusqu’au 21 septembre.