Le pow-wow contemporain de Barbara Kaneratonni Diabo

«My Urban Nature» emprunte notamment à la danse traditionnelle autochtone, à la danse contem-poraine, au ballet et au hip-hop.
Photo: Barbara Kaneratonni Diabo «My Urban Nature» emprunte notamment à la danse traditionnelle autochtone, à la danse contem-poraine, au ballet et au hip-hop.

Alliant danse traditionnelle mohawk, danse urbaine et danse contemporaine, le travail de la chorégraphe Barbara Kaneratonni Diabo est à l’image d’une réflexion sur la relation des citadins avec la nature. Dans le cadre du festival Quartiers Danses, cette artiste de la nation mohawk de Kahnawake dévoile sa nouvelle création, My Urban Nature, œuvre hybride à l’image de la réalité autochtone actuelle.

« Quand on m’a invitée à prendre part au festival, j’ai eu l’idée de créer une œuvre autour de notre relation avec la nature, proposition qui m’a été inspirée par les ateliers que je donne dans les écoles », nous confie cette spécialiste des danses du cerceau, aussi conteuse, qui enracine sa recherche dans la philosophie des peuples autochtones, laquelle est fortement teintée d’un grand respect pour les fleurs, les plantes, les arbres…

« Ce que je remarque en ville, c’est à quel point on tente de contrôler la nature. Les plantes qui poussent dans les platebandes ont été choisies en fonction de leur apparence, plutôt que pour leur aspect nourricier. Mais quand on prend le temps de regarder tout ce qui pousse dans les craques du trottoir, on devient fasciné par cette nature qui émerge partout. J’ai invité mes danseurs à prendre part à des marches de nature à Montréal, et plusieurs n’avaient jamais remarqué tout ce qui foisonne dans la ville, où tout est conçu pour distraire notre regard et le diriger vers les vitrines des magasins, pour nous inciter à acheter, à consommer… »

Photo: Barbara Kaneratonni Diabo

Les enseignements mohawks invitent à la non-domination de la nature, envisageant le statut des êtres humains au même niveau que celui des arbres, du gazon, de l’eau, des plantes. Dans cette optique, Barbara Kaneratonni Diabo investit le mouvement dansé dans un esprit holistique. « Ce que j’aime de la danse, c’est qu’elle nous amène à considérer le monde d’une manière plus profonde, au-delà du langage. Parce que, finalement, le mouvement est notre langue maternelle à tous, que nous nous approprions dès la naissance. »

La chorégraphe, qui anime régulièrement des ateliers immersifs de création avec un jeune public, invitera d’ailleurs les visiteurs de l’exposition Conflicting Heroes, au Quai 5160 - Maison de la culture de Verdun, à vivre une expérience sensorielle autour du mouvement. « De par mon travail avec des bébés de trois mois ou des personnes âgées, je suis devenue assez habituée à rendre les gens à l’aise avec le mouvement. » 

Le choc des vocabulaires

Barbara Kaneratonni Diabo, qui dès l’âge de quatre ans pratiquait le ballet, s’est installée à Montréal à 18 ans pour s’initier à d’autres formes de danse, comme le jazz, le moderne, la danse africaine, le ballroom… À l’issue de ses explorations, elle est retournée à ses origines autochtones.

« Même si j’ai grandi à Kahnawake, je n’ai pas été très exposée, pendant l’enfance, aux danses mohawks. La découverte de la danse du pow-wow a changé ma perspective et mon approche de la danse : j’ai compris que ces pratiques n’étaient pas seulement axées autour de la performance, qu’il s’agissait plutôt d’une offrande au monde, aux ancêtres, à ceux qui ne peuvent pas danser. Cette danse procure un sentiment de communauté et de soutien qui a modifié ma façon d’approcher la vie. »

Même si j’ai grandi à Kahnawake, je n’ai pas été très exposée, pendant l’enfance, aux danses mohawks

Pour la pièce My Urban Nature, Barbara Kaneratonni Diabo a choisi de mêler la danse traditionnelle autochtone, la danse contemporaine, le ballet, le hip-hop, la danse urbaine… « Chacune de ces formes d’expression requiert l’usage d’un vocabulaire différent », explique celle qui veut rejoindre un public le plus varié possible.

Danse contemporaine versus danse traditionnelle : voilà un sujet qui interpelle Barbara Kaneratonni Diabo, qui participera d’ailleurs à une discussion sur ce sujet, au Musée McCord, en compagnie de Zab Maboungou et Mario Boucher. « Pour certaines personnes, la danse des Premières Nations se résume au pow-wow, aux plumes et aux tambours. Bien sûr, ça en fait partie, mais ce n’est pas que ça. Quand je mêle les styles, je puise dans des valeurs traditionnelles, mais sans nier le fait que je vis dans le monde moderne. Les gens ont besoin de catégoriser. Mais il ne faut pas oublier que toutes les danses ont des origines traditionnelles : même les mouvements de ballet ont des origines beaucoup plus anciennes. Quant à moi, si j’ai recours à différents vocabulaires et si je donne une couleur contemporaine au pow-wow, c’est avant tout pour que le plus grand nombre de gens puissent se relier à ma danse. »

Sur l’incontournable question de l’appropriation culturelle et la reconnaissance de plein droit des artistes autochtones, Barbara Kaneratonni Diabo reste pensive. Certes, les choses se sont améliorées depuis la Commission de vérité et réconciliation. Mais les dommages du passé ne s’effaceront pas du jour au lendemain. « Je pense qu’il faut se montrer patient et faire preuve de compassion, parce que la réparation prendra du temps. Quant à moi, j’aime bien l’expression “jamais à notre propos sans notre présence”. »

Quartiers Danses en cinq escales

Transmission et hybridité. Risque et partage avec le public. Vitrine sur une culture mondialisée et métissée, avec une programmation qui comprend ballet, danse contemporaine, danse africaine, flamenco, breakdance. Le 17e festival Quartiers Danses propose 50 performances qui seront présentées dans sept quartiers montréalais, à la salle Bourgie et à la Cinquième salle de la Place des Arts. Panorama en cinq temps avec son directeur artistique, Rafik Hubert Sabbagh.

 

La danse percussive de Sandy Silva. Le déambulatoire de danse percussive Lab 1 de la chorégraphe Sandy Silva et de la compagnie [ZØGMA] ouvre le festival, le 6 septembre à compter de 12 h 30. Rue Sainte-Catherine, non loin de la place des Festivals, une trentaine de danseurs se taperont sur le corps en chantant et en invitant le public à en faire de même. « Cela se fera en sourdine, sans musique, dans un esprit de communauté et de fraternité », indique Rafik Hubert Sabbagh.

 

Danser autour de Yoko Ono.​ Le 4 septembre à 19 h, le FQD s’associe à la Fondation Phi pour l’art contemporain lors de l’événement Dissections. Une performance réunissant Janelle Hacault, la harpiste Coralie Gauthier, Beaver Dam Company et Cai Glover gravitera autour des oeuvres de Yoko Ono.

 

Courts métrages à la Cinémathèque. « Le Québec et Montréal sont connus pour leurs réalisateurs de courts métrages et de films sur la danse. Cela fait 10 ans que le festival présente des films sur la danse et nous en sommes très heureux », dit Rafik Hubert Sabbagh à propos du segment cinématographique du FQD, qui permettra de découvrir l’univers de chorégraphes tels que Zab Maboungou, James Viveiros, Tentacle Tribe et Jean Green. Du 9 au 11 septembre.

 

Voir la danse où on l’attend le moins. « On amène la danse là où on n’a pas l’habitude de la trouver, pour rejoindre une population qui n’a pas accès à l’art », dit Rafik Hubert Sabbagh, qui indique que les marchés Jean-Talon et Atwater s’ajoutent cette année au répertoire de lieux extérieurs investis par le FQD. La place des Festivals, les Jardins Gamelin, le square Victoria, la place d’Armes, la place Wellington et le Musée des beaux-arts prêteront aussi leurs planchers aux danseurs du FQD.

 

Focus Danse Bach d’Alex Neoral. Le 15 septembre, à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, des musiciens québécois partageront la scène avec des danseurs de Rio de Janeiro pour une ode autour de trois pièces de Jean-Sébastien Bach.

My Urban Nature

De Barbara Kaneratonni Diabo. Le 8 septembre à la Maison de la culture de Verdun, le 11 septembre à Forêt urbaine et le 12 septembre au square Victoria.