«Speed Glue»: du guignol formel au Festival TransAmériques

Les joueurs Antoine Bernadet et Edward Ly modulent leurs intensités, intentions et distances, et sous nos yeux prend place un vrai jeu, qui gagne davantage à persister et à varier qu’à trouver son champion.
Photo: Vincent Lafrance Les joueurs Antoine Bernadet et Edward Ly modulent leurs intensités, intentions et distances, et sous nos yeux prend place un vrai jeu, qui gagne davantage à persister et à varier qu’à trouver son champion.

Les chorégraphes Dorian Nuskind-Oder et Simon Grenier-Poirier réussissent leur pari, dans la performance chorégraphiée Speed Glue, en demandant à des professionnels du ping-pong de jouer avec d’autres règles afin que l’échange dure le plus longtemps possible.

Les tracés, rythmes et sons de la balle dans le théâtre noir suffiraient, durant la petite demi-heure de la pièce, à en faire un intéressant jeu formel, parfois guignol pour geeks de formes et de spatialité. Mais les joueurs Antoine Bernadet et Edward Ly modulent aussi leurs intensités, intentions et distances, et sous nos yeux prend place un vrai jeu, qui gagne davantage à persister et à varier qu’à trouver son champion, avec des spectateurs qui lâchent des « hoooooooon ! » de sportifs déçus quand l’échange cesse.

Une proposition qui bouleverse les valeurs compétitives avec lesquelles on aborde de prime abord, ne serait-ce que par convention ou habitude, la pièce. Politique, esthétique, éthique se lisent là, dans un mélange de discipline et de milieu inusité.

Bravo.

Speed Glue

De Dorian Nuskind-Oder et Simon Grenier-Poirier. Dans le cadre du Festival TransAmériques. À La Chapelle scènes contemporaines, jusqu’au 4 juin.