Il était une fois la révolution

Misant sur une vision subjective de l’Histoire, qui est «faite par ceux qui la vivent» affirme l’une des participantes, «Granma. Trombones de La Havane» donne à voir une appropriation du récit révolutionnaire de Cuba.
Photo: Ute Langkafel Misant sur une vision subjective de l’Histoire, qui est «faite par ceux qui la vivent» affirme l’une des participantes, «Granma. Trombones de La Havane» donne à voir une appropriation du récit révolutionnaire de Cuba.

Le collectif allemand Rimini Protokoll a une façon bien à lui, empreinte de ludisme, de porter en scène et de recréer la réalité qu’il documente. Deux ans après sa radiographie statistique 100 % Montréal, il est de retour au Festival TransAmériques — et de passage à Québec au Carrefour international de théâtre — avec une peinture de Cuba, vue à travers les yeux de quatre descendants de révolutionnaires. Une idée féconde. Avec un aplomb impressionnant pour des citoyens qui ne sont pas des acteurs professionnels, ceux-ci livrent sur scène un portrait où l’histoire personnelle et familiale se mêle à la grande, de l’avènement de Fidel Castro à un présent en pleine mutation.

Misant sur une vision subjective de l’Histoire, qui est « faite par ceux qui la vivent » affirme l’une des participantes, Granma. Trombones de La Havane donne à voir une appropriation de ce récit révolutionnaire par des interprètes qui jouent parfois à enfiler les vêtements, voire la moustache de leur ancêtre… Ces jeunes Cubains portent un regard respectueux et affectueux, mais aussi parfois ironique ou critique, sur la lutte de leur abuelo ou abuela.

Granma dessine à travers eux de beaux portraits de ces aïeux qui ont tant cru à une cause. Des captations vidéos permettent aussi de recréer sur scène un dialogue — différé — avec deux grands-parents survivants. Comme ce (rare) moment où l’un confronte directement son grand-père à un aspect polémique de la révolution, l’expropriation des biens. Ce tissu d’anecdotes et de récits de vie forme la richesse du spectacle.

Mais la création donne aussi un (longuet) cours d’histoire, images d’archives à l’appui, retraçant les événements mouvementés qu’a traversés l’île. Pour compenser cette dimension pédagogique, le dynamique spectacle multiplie les moyens. À commencer par le vigoureux quatuor de trombones, illustration d’un projet collectif et ponctuation orchestrale du show. Le ludisme y est souvent bienvenu (cette recréation par des figurines à la manière d’un film d’animation). Mais le souci d’accessibilité, de divertir ou de participation peut sembler un peu appuyé.

Tout comme, parfois, l’insistance du spectacle à tisser des liens avec notre réalité. Ancien refuge pour les felquistes, destination de rêve pour les vacanciers d’ici, Cuba ne manque pas de relations avec la patrie de la Révolution tranquille. Les performeurs de ce spectacle coproduit par le FTA font ainsi plusieurs allusions à la province ou à la ville qui les accueille. Des questions directes au public ou des références au Québec qui me semblaient au début plutôt racoleuses. Mais qui deviennent ultimement une occasion de nous renvoyer un questionnement sur notre propre réalité, peut-être pas si utopique, de société capitaliste…

Granma. Trombones de La Havane

Conception et mise en scène : Stefan Kaegi. Avec Milagro, Alvarez Leliebre, Daniel Cruces-Pérez, Diana Osumy Sainz et Christian Paneque Moreda. Un spectacle de Rimini Protokoll et Théâtre Maxim Gorki. Coproduction FTA, Emilia Romagna Teatro Fondazione (Modène), Kaserne Basel (Bâle), Onassis Cultural Centre (Athènes), Staatsschauspiel Dresden (Dresde), Théâtre Vidy-Lausanne, LuganoInscena-LAC (Lugano), Zürcher Theaterspektakel (Zurich). Au Monument-National, jusqu’au 30 mai dans le cadre du Festival TransAmériques. Et les 2, 4 et 5 juin, à la salle Multi de Méduse, à Québec, dans le cadre du Carrefour international de théâtre.