Tangente, nouvelle version

Les commissaires de Tangente, de gauche à droite: Laurane Van Branteghem, Andrea Peña et Élisabeth-Anne Dorléans 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les commissaires de Tangente, de gauche à droite: Laurane Van Branteghem, Andrea Peña et Élisabeth-Anne Dorléans 

Cinq têtes valent mieux qu’une. C’est ainsi que le diffuseur en danse contemporaine Tangente, qui prépare le départ de sa commissaire et cofondatrice, Dena Davida, à l’oeuvre là depuis 1980, adopte pour le futur une direction artistique à cinq faces, a appris Le Devoir. Sous le chapeautage de Marco Pronovost, Ivanie Aubin-Malo, Élisabeth-Anne Dorléans, Laurane Van Branteghem et Andrea Peña complètent le comité commissarial qui décidera désormais de la programmation. Un changement de manière qui raffine la vision : Tangente cherche toujours la passation, la démocratisation et la diversité — tant des points de vue et des approches que des artistes —, mais elle vise désormais aussi « l’inclusion radicale et la décolonisation ». Et ce, à atteindre le plus rapidement possible.

Photo: Julie Artacho Ivanie Aubin-Malo

Marco Pronovost, dont la nomination a été annoncée en octobre dernier, sera le visage de Tangente. « Pour partager les commentaires avec les artistes et donner une impression sur le travail, il faut avoir un lien humain, établi. Cette relation, ce dialogue avec les artistes [...], c’est moi qui vais l’assurer au quotidien, afin que la conversation soit continue. On ne voulait pas, pour ça, dédoubler les visages. », explique celui qui est aussi médiateur et qui possède une pratique en art social. « Ivanie [Aubin-Malo] sera là une dizaine d’heures par semaine pour travailler les liens avec la communauté autochtone et nous aider à décoloniser Tangente. Les autres seront là de manière plus ponctuelle [...], elles ne sont pas moins importantes. Leur pouvoir est égal au mien. »

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir De haut en bas: Andrea Peña, Laurane Van Branteghem, Marco Pronovost, Stéphane Labbé, directeur général, Élisabeth-Anne Dorléans et Dena Davida, cofondatrice.

Un des mandats que M. Pronovost s’est donnés à son arrivée, c’est « de parler d’inclusion radicale et de décolonisation. L’enjeu, poursuit-il, n’est pas tant de trouver une ligne éditoriale, mais d’être conscients de nos biais. Toute ligne esthétique implique des biais. Toujours. Un de nos outils sera le manifeste [en cours d’écriture], pour s’assurer qu’on discute ensemble à partir de critères définis en amont. » Ensemble, c’est-à-dire avec la jeune diplômée du baccalauréat d’interprétation en danse de l’UQAM Élisabeth-Anne Dorléans, l’artiste multidisciplinaire d’origine colombienne Andrea Peña, la chercheuse en histoire de l’art Laurane Van Brateghem, et l’interprète et chorégraphe Ivanie Aubin-Malo.

Processus-action

Au premier regard, la jeunesse de l’équipe frappe. On remarque aussi le fait qu’en pensant un comité commissarial, Dena Davida voulait valoriser le rôle du commissaire en arts vivants et, pour ce, viser des commissaires nantis d’une formation universitaire supérieure. « Au départ, on visait aussi des profils plus matures, explique Marco Pronovost. Mais on a voulu revenir à l’essence de ce qu’est Tangente. On a donc des commissaires jeunes : on donne une chance à des gens en début de carrière, afin qu’ils acquièrent aussi de l’expérience. Et le commissariat en arts vivants, il ne faut pas oublier que c’est tout neuf. C’est une pratique qui s’écrite en temps réel. On adopte davantage un processus de recherche-action. »

On cherche une notion de pouvoir plus horizontal, mais démocratique plus que consensuel

Les membres du comité ont presque tous, aussi, une pratique artistique. L’objectivité risque-t-elle d’en pâtir ? « Un peu comme en médiation, on a voulu reconnaître l’importance de principes commissariaux qui s’inscrivent aussi dans la pratique, pas seulement dans la recherche académique. Ces gens, qui sont de backgrounds différents, viennent enrichir une vision académique plus historique. Ils ne sont pas seulement dans une lancée théorique. On a besoin d’une multiplicité de regard, de plusieurs angles d’approche, de plusieurs manières de présenter les oeuvres au public. »

Ce comité à cinq têtes permettra, croit M. Pronovost, « de ratisser plus large, de savoir davantage ce qui se passe sur le terrain, d’être à l’affût des nouvelles pratiques, de mieux accompagner l’innovation ». La manière de fonctionner, en cette forme collective, demeure un work in progress, ouverte aux ajustements selon les besoins. Le comité entend se rencontrer quatre fois par année, une de ces rencontres étant consacrée à l’établissement de la programmation suivante. « On est à l’aube de se faire un lexique afin de s’assurer qu’on parle des mêmes choses. On hérite de lusieurs processus issus des années 1960 et 1970, des modèles horizontaux, qu’on tente après des années de modèles verticaux. Oui, on cherche une notion de pouvoir plus horizontal, mais démocratique plutôt que consensuel. On apprendra, on s’adaptera… Et une des choses qui nous relient, c’est le désir d’être efficace », conclut M. Pronovost.