«Backbone»: sacrée colonne!

Il y a quelque chose d’épique dans la frontalité de ces mouvements d’ensemble, où chaque danseur semble devenir la vertèbre d’une colonne vertébrale collective.
Photo: David Hou Il y a quelque chose d’épique dans la frontalité de ces mouvements d’ensemble, où chaque danseur semble devenir la vertèbre d’une colonne vertébrale collective.

Basée à Toronto, la compagnie Red Sky Performance dirigée par la chorégraphe Anishnaabe Sandra Laronde est porteuse d’une danse fusion à l’image de la mixité culturelle des huit performeurs autochtones et non autochtones qui la composent. Posant comme motif central les chaînes de la cordillère américaine s’étendant des Rocheuses jusqu’aux Andes, Backbone se veut une ode à l’épine dorsale de la Terre mère qui dans la cartographie des peuples autochtones est une entité continue défiant les frontières. Une façon distincte d’approcher le territoire exploitée par Sandra Laronde dans son discours d’introduction.

C’est ce thème qu’on décèlera en filigrane — et qu’on perdra parfois de vue — à travers la profusion de prouesses chorégraphiques offertes par les huit danseurs soutenant à un rythme hypercadencé une danse innervée d’acrobaties circassiennes, voguant entre les figures aériennes du ballet contemporain, la flamboyance des danses urbaines et l’enracinement des danses guerrières.

Il y a quelque chose d’épique dans la frontalité de ces premiers mouvements d’ensemble, où chaque danseur semble devenir la vertèbre d’une colonne vertébrale collective avant d’adopter une formation triangulaire, symbole évident de montagne. Des craquements, des halètements, des respirations coupées et chants de gorge se greffent à la trame sonore percussive rythmée et modulée par un musicien en scène. La tête renversée vers l’avant, les deux mains ancrées au sol, le mouvement engage l’épine dorsale des interprètes à la souplesse presque surnaturelle.

Enveloppés par des éclairages et des projections qui accentuent efficacement le caractère mystique de la pièce, deux corps s’imbriquent sensuellement au point de donner l’illusion de s’hybrider. Des contorsions à couper le souffle qui soulèvent des « wow » dans la salle.

La dynamique des nombreux duos est souvent au duel, ramenant à l’esprit l’image de collision des plaques tectoniques, tandis que l’intense physicalité des interprètes y est poussée jusqu’aux limites et que s’y illustrent le très fin équilibre des poids légers et la force de soutien des poids lourds dans les portés.

Ce seront les multiples retours aux figures d’ensemble en synchronie qui rendra finalement notre attention captive ; notamment à travers ces lignes collectives qui se déploient sur un axe vertical, ces formations en quinconce vibrantes, ces vagues de mouvements enchâssés imitant les éléments de la nature (qu’on trouve aussi dans la courte pièce Miigis ouvrant la soirée). Malgré quelques longueurs superficielles, le fil de la pièce ayant tendance parfois à se perdre sous la profusion des prouesses spectaculaires des athlétiques danseurs, Red Sky Performance parvient à nous faire tomber sous le charme de cette ode au pouvoir spirituel qu’attribuent les peuples autochtones aux chaînes de montagnes.

Backbone

Une création de Red Sky Performance chorégraphiée par Sandra Laronde, Jera Wolfe et Ageer. Avec Ageer, Eddie Elliott, Lonii Garnons-Williams, Samantha Halas, Lindsay Harpham, Philippe Larouche, Julie Pham et Jera Wolfe. Présentée par Danse Danse, jusqu’au 23 mars à la Cinquième Salle de la Place des Arts.