«who we are in the dark»: noires berceuses

Tous vêtus de noir, en duo, trio, quatuor et à l’unisson, les danseurs parviennent à faire corps commun.
Photo: Jeremy Mimnagh Tous vêtus de noir, en duo, trio, quatuor et à l’unisson, les danseurs parviennent à faire corps commun.

C’est sur un terrain encore tout frais que la chorégraphe torontoise Peggy Baker s’aventure en faisant dialoguer sa signature raffinée avec les cordes lyriques et les rythmiques expérimentales de Sarah Neufeld et Jeremy Gara.

De cette collaboration prometteuse résulte une pièce soignée jusque dans les moindres enchaînements, éloquente et cohérente visuellement tout en abstraction, mais où les musiciens et les danseurs cohabitent en scène sans vraiment donner l’impression de trouver un pouls commun.

Du thème de l’obscurité sur lequel s’est centré la créatrice est né un chaos fortement organisé composé de chaînes humaines, de spirales qui s’enroulent sur elles-mêmes, de roues véloces et de fuites en avant s’achevant en atterrissages souples sur le sol.

Acrobatique, la danse se trouve dynamisée par les voix et le souffle audible des interprètes. Des onomatopées, des râles et autres babillages s’inscrivent spontanément dans la partition musicale.

Tous vêtus de noir, en duo, trio, quatuor et à l’unisson, les danseurs parviennent à faire corps commun — les images d’un essaim d’insectes puis de migrations animales percolent ici et là —, leurs mouvements se fondant adroitement dans les projections signées par Jeremy Mimnagh.

Avec son archet, Sarah Neufeld, jusque-là en retrait, transporte son jeu très physique en entrant dans l’espace à proximité des danseurs.

La trame musicale composée à partir de la partition chorégraphique quitte rarement les registres lyriques et mélancoliques fort appuyés et s’installe, à force, une certaine redondance.

Répétition qui inscrit une certaine austérité sur la longueur, alors que la surabondance des mouvements des danseurs fait perdre de la clarté à la proposition et la dynamique très égale des séquences chorégraphiques d’un tableau à l’autre ne permet pas de faire lever le tout pour nous captiver.

On gardera toutefois en mémoire l’intégration habile des toiles de l’artiste visuel John Heward, de grands canevas suspendus aux figures brutes s’inscrivant bien dans le traitement abstrait du thème de l’obscurité.

Sur ce point, les inspirations que Peggy Baker dit tirer d’une série de textes — dont des fragments de Kafka, de Sylvia Plath ou encore de Jean Gennet — restent cryptiques et opaques à travers la proposition ; tandis que les noires berceuses portées par les deux musiciens de la scène indie-rock, rompues par quelques solos de batterie salvateurs car énergisants, paraissent un écho lointain de la danse.

who we are in the dark

Une chorégraphie de Peggy Baker (Peggy Baker Dance Projects) avec Sarah Fregeau, Mairi Greig, Kate Holden, Benjamin Kamino, Sahara Morimoto, David Norsworthy et Jarrett Siddall. Musique de Sarah Neufeld et Jeremy Gara. Arts visuels de John Heward. Présentée par Danse Danse jusqu’au 2 mars au Théâtre Maisonneuve.