«Ne me dis pas que tu m’aimes»: flotter à la surface des choses

Il y a dans «Ne me dis pas que tu m’aimes» quelque chose de l’ordre du vidéoclip.
Photo: Josée Lecompte Il y a dans «Ne me dis pas que tu m’aimes» quelque chose de l’ordre du vidéoclip.

Prenez comme toile de fond un univers pop acidulé mis en tension avec l’univers désenchanté du groupe rock Navet Confit. Apportez-y une touche de glamour qui glisse peu à peu dans la décadence. Faites-y plonger tête première une gang de filles qui n’ont peur de rien, surtout pas du grotesque et de passer de la danse au chant habilement et en un claquement de doigts. Vue de loin, la pièce musicale de la jeune chorégraphe Geneviève Jean-Bindley aurait de quoi séduire, si elle ne misait pas tant sur la forme au détriment du fond, et parvenait à toucher au thème de la (sur)consommation sans basculer dans le divertissement pur et dur.

Il y a dans Ne me dis pas que tu m’aimes quelque chose de l’ordre du vidéoclip. La mise en scène est léchée, bien ficelée. Les présences ancrées, tout en frontalité du regard vers les spectateurs. Les voix sont justes et, point fort de la pièce, la chorégraphie rigoureuse donne lieu à de beaux unissons rappelant avec originalité la nage synchronisée.

La pièce s’ouvre sur un solo qui pose d’emblée une atmosphère légère et volontairement kitsch. Sur l’écran en fond de scène, défilent des images d’un récif où nagent des poissons exotiques alors qu’une danseuse en maillot de bain rose s’élance dans des mouvements souples et virtuoses proches du modern jazz. Entrent en scène les quatre autres interprètes, en costumes colorés et glamour. L’une, tenant un chien en peluche dans ses bras, vient se planter devant un micro à l’avant-scène. La scène bascule dans le karaoké, les paroles des chansons signées Navet Confit défilant sur l’écran en arrière-plan, interprétées tour à tour par les danseuses dans des interludes.

Le contraste entre un monde artificiel à paillettes glissant dans l’absurde et les paroles touchant à un quotidien désenchanté est une bonne idée en soi. Le hic, c’est que la provocation et le cabotinage qui teintent la mise en scène ne vont jamais assez loin pour tordre certains clichés convoqués, les filles ne restant qu’à la surface des choses. Malgré des interprètes totalement investies dans leurs rôles, on se lasse face au spectacle des filles devenant chiennes, jappant, se reniflant les unes les autres. Et cela même si une tendre bizarrerie se dégage de certaines scènes (par l’image d’un sèche-cheveux devenant objet de plaisir, celles aussi d’un étrange duel de soumission et d’une dégustation canine de chips).

Pour résumer, une écriture qui sur le plan de la forme reste bien prometteuse, mais qui du point de vue du fond reste très jeune.

Ne me dis pas que tu m’aimes

Création de Geneviève Jean-Bindley avec Marie-Ève Dion, Élisabeth-Anne Dorléans, Myriam Foisy, Jacinthe Léger-Leduc et Marie-Philippe Santerre sur la musique de Navet Confit. Présentée par Tangente jusqu’au 17 février à l’Édifice Wilder – Espace Danse.