«Not Quite Midnight»: un «Cendrillon» au pas cadencé

Les cruelles belle-mère et demi-soeurs sont incarnées par trois danseurs aux torses nus et munis de longs jupons.
Photo: Claudia Chan Tak Les cruelles belle-mère et demi-soeurs sont incarnées par trois danseurs aux torses nus et munis de longs jupons.

Après avoir revisité, par le passé, les univers du Petit chaperon rouge et de Barbe Bleue, Hélène Blackburn poursuit dans la même lignée en s’inspirant cette fois des multiples versions et adaptations musicales du conte de Cendrillon pour créer une pièce composite. Plutôt que de coller de près au fil narratif de l’histoire rebattue et connue par coeur, Not Quite Midnight s’en remet presque exclusivement au pouvoir d’évocation de la danse pour mettre en relief l’esprit de résistance et de résilience de Cendrillon.

Au lieu d’opter pour des décors et des costumes féeriques comme on en trouverait au ballet classique, la chorégraphe mise sur une grande sobriété et campe ses personnages dans une atmosphère vaporeuse où prédominent la couleur noire et des lignes élégantes. L’espace se trouve dynamisé par des jeux de lumière et de nombreux jets de fumigène. Une façon de rendre la frontière du spectacle jeune public plus poreuse pour rejoindre également les adultes, mais au risque d’être trop avare en fantaisie pour captiver pleinement l’enfant qui demeure en nous. Quelques maisons de poupées aux design épurés et des oiseaux mécaniques apportent toutefois une touche de magie sur le plateau. Des éléments qui gagneraient à être plus exploités par les interprètes et la douzaine d’enfants invités à rester sur scène près du feu de l’action.

De midi à minuit, un décompte s’opère. Au premier coup de l’horloge, on nous donne à voir l’image d’une petite Cendrillon moderne ayant troqué ses pantoufles de verre pour des baskets. Sur scène, les interprètes, à l’unisson, basculent d’un cercle de lumière à un autre. Sur pointes, en talons hauts ou pieds nus, les mouvements des danseurs mêlent de souples figures de ballet à des gestes de main vifs et expressifs venant cadrer les visages.

Un large écran en fond de scène permet de donner des repères spatio-temporels pour qu’on puisse s’y retrouver dans la chronologie du conte et en reconnaître les personnages. Car les six interprètes s’interchangent les rôles sans se soucier des genres. Ainsi, la figure de Cendrillon apparaît aussi bien sous les traits d’un duo de femmes que d’un soliste homme. Quant aux cruelles belle-mère et demi-soeurs, elles sont incarnées par trois danseurs aux torses nus et munis de longs jupons. Ce procédé complexifie la lecture de la pièce, mais permet d’esquiver efficacement les stéréotypes rattachés aux caractères masculin et féminin.

Il y a dans la pièce une part d’imprévu assumée, les interprètes cherchant tout au long du spectacle à intégrer les enfants à leurs partitions. L’initiative s’est avérée par endroits laborieuse durant la matinée scolaire à laquelle nous avons assisté. Serait-ce parce que les solos, pas de deux et unissons s’enchaînent à trop vive allure jusqu’à la conclusion abrupte ? La partition paraît trop serrée au niveau rythmique pour inciter les enfants à prendre pleinement part à ce qui se joue sur scène. Et la virtuosité des danseurs ne s’éclipse pas assez pour leur permettre de véritables interactions. Il y a un équilibre encore à trouver dans ce Cendrillon livré au pas de course, afin d’intégrer avec plus de fluidité les petits spectateurs.

Not Quite Midnight

Chorégraphie d’Hélène Blackburn (Cas Public). Avec Alexander Ellison, Cai Glover, Robert Guy, Daphnée Laurendeau, Carson McDougall et Danny Morissette. Présentée par l’Agora de la danse, jusqu’au 9 avril à l’Édifice Wilder – Espace danse.