Les flâneurs


Odile Tremblay
 

Poétique et lumineuse Colonie
Une colonie, premier long métrage pétri de sensibilité de Geneviève Dulude-De Celles, primé dans plusieurs festivals canadiens, est présenté à la Berlinale, mais les Québécois peuvent le voir en salle. Et bien que l’avenue du récit initiatique soit depuis longtemps balisée au cinéma, ce film sur le passage à la vie adulte d’une jeune fille dans sa petite ville près d’Odanak, auprès d’un ami autochtone et d’une sœur enfant adorable, dégage une vraie lumière. Son naturel et sa poésie, la grâce de ses jeunes interprètes, la finesse de la caméra et la vérité de la démarche d’auteure nous hantent longtemps.


Manon Dumais
 

La mort lui va si bien
Le soir de ses 36 ans, une conceptrice de jeux vidéo meurt en se faisant heurter par un taxi. Oh miracle! La revoilà quelques secondes plus tard dans l’appartement où se déroule la fête. Quittant de nouveau les lieux, elle meurt encore. Et puis ça recommence… Conçue par Natasha Lyonne, truculente en femme cynique prisonnière d’une fatale boucle spatio-temporelle, Amy Poehler et Leslie Headland, Poupée russe (Russian Doll) est une comédie de huit épisodes montée au scalpel où suspense, humour noir et observations sur le destin forment un cocktail jubilatoire. À dévorer sur Netflix!


Louise-Maude Rioux Soucy
 

Fauve, l’arrache-cœur
Impossible de ne pas craquer en regardant Fauve de Jérémy Comte, prodigieux court à l’atmosphère délétère et à la poésie douloureuse. Cela après avoir souri, soupiré, pesté et tremblé devant le jeu de pouvoir puéril dans lequel s’enfoncent deux jeunes garçons livrés à eux-mêmes sur le site d’une mine à ciel ouvert. Les acteurs Félix Grenier et Alexandre Perreault jouent les coqs comme les bêtes blessées avec un aplomb remarquable. Prix spécial du jury à Sundance, Fauve est à voir sur Vimeo en prévision des Oscar, où il n’a pas usurpé sa place parmi les finalistes du meilleur court de fiction.


Dominic Tardif
 

Le parfait perfecto
Qui a dit que trop, c’était comme pas assez? Certainement pas Claude Cobra, leader de Bleu Jeans Bleu et roi tout de denim vêtu de la démesure, pour qui même les sujets les plus banals méritent leurs odes exagérément enflammées. Les compagnons du pantalon délavé délaissent le country parodique rigolo, mais un peu facile, de leurs débuts sur un troisième album suavement intitulé Perfecto, et singent avec la déférence qu’appelle un pastiche convaincant les genres — disco, rap, hard ou yacht rock — qu’ils gratinent généreusement. Une chanson sur le bowling vous aura rarement procuré autant de frissons.