«Deux squelettes»: l’appel du vide existentiel

Priscilla Guy et Sébastien Provencher s’imaginent en personnages improbables.
Photo: Catherine Legault Le Devoir Priscilla Guy et Sébastien Provencher s’imaginent en personnages improbables.

À travers une série de vignettes éclatées à l’image d’un fil d’actualité qu’on déroule, Priscilla Guy et Sébastien Provencher s’imaginent en personnages improbables : deux êtres de notoriété publique presque muets et débarrassés de leur enveloppe charnelle. Posés dans des situations plus absurdes les unes que les autres, leurs alter ego se frottent aux symptômes qui touchent nos sociétés hyperconnectées. Et tout ou presque y passe dans cette pièce proche du théâtre physique : le culte de la performance, le sensationnalisme médiatique, les fausses nouvelles, le tout-divertissement, les discours creux et, comme revers à l’humour potache, l’appel du vide existentiel.

Sur les notes appuyées et cérémonielles d’une fanfare, les deux personnages font leur apparition autour d’une tasse de thé, la tête emmaillotée et revêtant tous deux des pantalons de squelettes, style costume d’Halloween. Des segments sonores de reportages récupérés sur le Web et falsifiés sont diffusés pour donner des indices sur les potentielles origines des personnages. À l’image de deux astronautes au souffle court, les performeurs avancent au ralenti avant de se prêter à une séance d’aérobique osseuse sur la voix obsédante d’un coach sportif.

Moment charnière de la pièce, la séquence du show télévisé animé par un présentateur à la logorrhée verbale maladive (Renaud Paradis) est savoureuse d’ironie. À travers ce personnage qui parle pour trois se joue une parodie grinçante des analyses pédantes, herméneutiques et tirées par les cheveux du travail des deux artistes décrits comme des « sujets présents à leur absence » et qui excellent à « démorbidiser le squelette ». L’utilisation de la vidéo permet d’installer une sorte d’esthétique du glitch alors que les discours des personnes à l’écran figent, déraillent et deviennent des onomatopées. Des motifs qui s’inscrivent en miroir aux mouvements contraints des deux danseurs.

Malgré ses enchaînements dynamiques et son habileté à nous transporter dans différents univers par un simple jeu d’accessoires, la pièce, en valsant abruptement d’un registre à l’autre, finit par perdre quelque peu en cohérence. On s’interrogera surtout sur la disparition soudaine des figures de squelettes au profit d’une danse charnelle mobilisant mains et dos. Bien que très beau, ce tableau porté par l’atmosphère enveloppante de la musique en scène et des lumières chaudes peine à trouver sa place dans ce patchwork. Comme s’il manquait une transition pour aboutir à ce type de contraste et pour en arriver à la conclusion. Une fin pourtant très éloquente sur une déclamation triturée et spasmodique de Soir d’hiver de Nelligan qui soulève d’intéressants paradoxes.

Deux squelettes

Une création de et avec Priscilla Guy et Sébastien Provencher (Mandoline Hybride). Présentée par l’Agora de la danse, jusqu’au 2 février à l’Édifice Wilder – Espace danse.