«La possibilité d’une tragédie»: prendre soin du vivant

Les performeuses Angie Cheng et Jessica Serli se livrent à mains nues et à corps perdu à une série de tâches de jardinage détournées de leur but.
Photo: Nelly-Ève Rajotte Les performeuses Angie Cheng et Jessica Serli se livrent à mains nues et à corps perdu à une série de tâches de jardinage détournées de leur but.

Comment cohabiter autrement avec la nature et réimaginer notre rapport au vivant ? C’est une des nombreuses questions qui restent en tête alors que se font et se défont sous nos yeux d’étranges travaux d’aménagement paysager dans La possibilité d’une tragédie d’Amélie Rajotte. Dans cette installation-performance, les performeuses Angie Cheng et Jessica Serli se livrent à mains nues et à corps perdu à une série de tâches de jardinage détournées de leur but.

Aux quatre coins du studio, siègent de larges fougères et d’autres espèces, dont quelques-unes suspendues au plafond à l’aide de macramés. Une odeur de basilic plane dans l’air. Avec précaution, les deux performeuses, en combinaison et shorts de velours, vaporisent les plantes, les arrosent et les dégagent de leurs feuilles mortes avant d’entrer dans un grand module blanc rempli de terre disposé au centre du studio.

Les bras et les jambes enfouis dans la terre, elles la brassent vigoureusement de tout leur poids, la laissent filer entre leurs doigts et creusent des brèches pour y accueillir des transplantations.

La musique et les éclairages modulent l’atmosphère et appuient une dramaturgie discrète mais efficace. Derrière une console, Nelly-Ève Rajotte intègre les fréquences émises par les plantes grâce à des électrodes à sa conception sonore en direct.

Le rapport au toucher à travers la manipulation des matériaux organiques devient progressivement ambigu. L’espace mue en un champ de bataille où l’exercice de la force pour manipuler le terreau côtoie une certaine douceur et une sensualité paradoxale, voire une forme d’érotisme très latent, sous l’effort de concentration continu qui se lit sur les visages. Un état de concentration qui s’avère contagieux et qui permet de suivre les deux performeuses jusqu’au bout de leurs tâches dans cette performance verte où chaque geste de soin apporté aux plantes devient événement.

Malgré une conclusion qui reste encore à creuser, la proposition d’Amélie Rajotte véhicule un intéressant éveil des sens qui nous engage à interroger notre rapport personnel à la nature et aux matières vivantes qui la composent.

La possibilité d’une tragédie

Une création d’Amélie Rajotte avec Angie Cheng et Jessica Serli ; musique en direct de Nelly-Ève Rajotte et lumières d’Alexandre Pilon-Guay. Présentée par Tangente à l’Édifice Wilder – Espace Danse, jusqu’au 27 janvier.