«Vraiment doucement»: en quête d’équilibre

Du calme à l’hostilité, de la folle violence à la pure douceur, on observe cette microsociété qui évolue péniblement, sans cesse frappée par une forme de régression provenant de confrontations multiples au sein du groupe.
Photo: Marie-Noële Pilon Du calme à l’hostilité, de la folle violence à la pure douceur, on observe cette microsociété qui évolue péniblement, sans cesse frappée par une forme de régression provenant de confrontations multiples au sein du groupe.

Première oeuvre d’envergure du groupe RUBBERBANDance, Vraiment doucement dresse avec intensité le portrait d’une société désorientée et menée à composer avec le chaos qu’elle génère. Dans cette pièce très musicale et aux registres changeants, le chorégraphe Victor Quijada nous fait suivre le parcours de dix jeunes individus en quête d’équilibre et de douceur sans cesse rattrapés par la brutalité du monde et de leur condition.

Depuis le sol, les membres d’une étrange armée aux uniformes délavés se dressent délicatement en une vague d’acrobaties et de contorsions. Soutenus par deux musiciens présents en scène — Jasper Gahunia et William Lamoureux —, les danseurs parviennent avec une grande fluidité et souplesse à traverser toute une série d’atmosphères. Du calme à l’hostilité, de la folle violence à la pure douceur, on observe cette microsociété qui évolue péniblement, sans cesse frappée par une forme de régression provenant de confrontations multiples au sein du groupe et des désolidarisations des êtres qui la composent.

Des images fortes ponctuent le dépouillement progressif des interprètes qui, tantôt prédateurs et bourreaux se dressent les uns contre les autres, tantôt compagnons de galère se ressoudent et se solidarisent ; des moments où s’illustre un magnifique travail de portées, virtuose et incarné. L’hybridation entre les codes des danses urbaines et de la danse contemporaine peaufinée par Victor Quijada depuis des années à travers la méthode Rubberband donne lieu à des enchaînements spectaculaires. Un langage totalement maîtrisé et rendu avec brio par les dix jeunes interprètes déclenchant des émotions vives audibles parmi le public. Malgré quelques redites alors que reviennent avec récurrence les crises de panique et de folie des personnages avant l’accalmie, Vraiment doucement impressionne par la cohérence que parvient à maintenir le groupe face aux nombreuses ruptures de ton qui lui sont imposées.

Vraiment doucement

Chorégraphie de Victor Quijada (RUBBERBANDance) en collaboration avec Amara Barner, Jean Bui, Daniela Jezerinac, Sydney McManus, Dana Pajarillaga, Brontë Poiré-Prest, Jerimy Rivera, Zack Tang, Ryan Taylor, Paco Ziel. Musique sur scène : Jasper Gahunia et William Lamoureux. Présenté par Danse Danse jusqu’au 8 décembre au Théâtre Maisonneuve.