«The Mountain, The Truth and The Paradise»: la clef des songes

Entre deux prises de parole, Pep Ramis livre une danse personnelle composée de déséquilibres et de glissements délicats jusqu'au sol; rythmée aussi par ses pas qui claquent dans une ronde folle. 
Photo: Tristan Perez-Martin Entre deux prises de parole, Pep Ramis livre une danse personnelle composée de déséquilibres et de glissements délicats jusqu'au sol; rythmée aussi par ses pas qui claquent dans une ronde folle. 

Composer un solo comme on concevrait un pèlerinage personnel à travers des paysages intérieurs. Et rendre visibles ces paysages simplement à l’aide de la voix, des mots et du mouvement, en se passant de grands artifices. Voilà le jeu auquel s’adonne l’artiste catalan Pep Ramis dans The Mountain, The Truth and The Paradise, une œuvre parsemée d’images et de symboles menée tout en subtilité.

Sur une surface recouverte d’une fine poudre blanche, sorte de carré de sable désertique, un homme grisonnant en costume noir s’avance pas à pas avec délicatesse. Sa main parcourt son propre dos comme si elle était indépendante du reste de son corps. L’image étrange ouvre une porte vers un univers de songe dans lequel évoluera sur une heure un personnage mi-bouffon mi-poète. En s’appuyant sur la prose du poète italien Erri de Luca — livrée dans un français à l’accent hispanophone —, celui-ci pose l’hypothèse qu’il existe un créateur. Une force supérieure avec laquelle il semble vouloir communiquer, alors pris dans une sorte de limbe, et qui ne se manifestera que par l’envoi d’une paire de souliers pour continuer sa route.

Entre deux prises de parole — des mots à demi parlés et à demi chantés façon crooner —, Pep Ramis livre une danse personnelle composée de déséquilibres et de glissements délicats jusqu’au sol ; rythmée aussi par ses pas qui claquent dans une ronde folle, faisant voltiger la poudre blanche qui s’évapore du sol en fumée. Par des mimiques clownesques et enfantines, son personnage trouve à travers le quatrième mur une complicité à ses frasques.

L’absurde et la magie

Sur fond de vieille chanson pop, l’homme s’agite, puis visse un chapeau de pèlerin sur sa tête pour se mettre en quête de son propre paradis. Un espace où il devient homme-loup hurlant à la lune, nous menant à faire un pas de plus dans la forêt obscure de ses songes, où l’aboutissement de cette quête encore opaque s’échappe.

Quittant le carré de sable pour s’installer derrière une planche à dessin, le performeur illustre en direct une fable allégorique sur la quête de la vérité, traçant des figures qui se métamorphosent au fil de l’histoire contée. Projetée en fond de scène, la silhouette d’un oiseau devient le visage d’un homme, qui lui-même devient la cime d’une montagne. Dans ce moment charnière de la pièce qui livre une sorte de clef des songes, l’artiste mêle la magie à l’absurde tout en posant un postulat philosophique sur la formation et la chute des civilisations.

Un charme certain se dégage de ce solo aux touches surréalistes et mystiques. Ici la danse, livrée en toute modestie par Pep Ramis, gagne beaucoup à être mise en relation avec le dessin et le chant pour donner des repères dans le cheminement de cette fable personnelle.

The Mountain, The Truth and The Paradise

Une création de et avec Pep Ramis (Mal Pelo). Présentée à l’Agora de la danse, jusqu’au 24 novembre à l’Édifice Wilder – Espace danse.