«Of balls, books and hats» et «Sa prière»: dialoguer avec ses paradoxes

La jeune chorégraphe Malika Djardi se livre à travers un solo portant sur la foi religieuse et ce qu’elle engage comme part d’intimité.
Photo: Christophe Louergli La jeune chorégraphe Malika Djardi se livre à travers un solo portant sur la foi religieuse et ce qu’elle engage comme part d’intimité.

S’il est un constat très simple à tirer des spectacles d’ouverture d’Actoral, c’est que l’être humain ne saurait se réduire à la pure rationalité et ne peut se targuer de n’obéir à aucune croyance. Comme le démontre Julien Prévieux dans Of balls, books and hats, c’est d’ailleurs le problème auquel se heurtent les machines dotées d’intelligence artificielle lorsqu’elles essaient de répliquer le comportement humain et de saisir leur essence.

Dans cette pièce à l’humour geek, l’artiste français livre une efficace critique de la « smartification » du monde. En s’inspirant du processus du machine learning, le quatuor s’amuse à singer les robots qui, eux-mêmes, imitent l’humain. Il est d’abord question de l’art de la négociation et de la manipulation, ainsi que du talent à générer la confusion pour s’en tirer à meilleur compte que les autres.

Mêlant la parole au mouvement, les performeurs soulignent le caractère encore idiot de la machine à la fois dans sa relation à l’espace et dans sa rencontre avec l’intelligence humaine. Le manque d’adresse des robots se traduit par une série de prouesses et d’épreuves sportives aux contraintes gestuelles incongrues : démarches pesantes, sauts à pieds joints, piétinements, inflexibilité de certains membres et corps qui se rentrent dedans et butent contre un mur à répétition.

L’écriture scénique et la scénographie minimale se déploient ingénieusement autour de ces jeux d’adresse où s’illustre l’apprentissage machinal par répétition d’essai-erreur. On rit de l’incapacité de la machine à saisir et reproduire avec authenticité l’humour, et du fait qu’elle en génère malgré elle par maladresse. Des commentaires en voix hors champ entre les sections viennent soutenir le propos et les enjeux portés par les interprètes en scène.

On en sort personnellement avec ces questions en tête : faut-il se méfier de ce rapport au monde démystifié porté par l’avènement de l’intelligence artificielle ? Quelles places seront laissées à la spiritualité et à l’émotivité dans un monde où nous aurons tant à répondre des machines ?

De foi et de danse

Dans Sa prière, la jeune chorégraphe Malika Djardi se livre à travers un solo portant sur la foi religieuse et ce qu’elle engage comme part d’intimité. Elle se focalise sur les rituels et prières ponctuant le quotidien de sa mère musulmane pratiquante. Sur des fragments d’entrevues où sa mère témoigne de sa rencontre avec la religion, sa conversion et sa relation à la prière, à l’amour, au père et au manque, la danseuse crée un vocabulaire oscillant entre moments contenus et dépenses énergétiques. Elle parvient à illustrer ce rapport à l’invisible, avec légèreté, laissant poindre la personnalité et l’authenticité de sa mère dans cette approche presque biographique, tout en inventant les propres codes de son rituel dansé. Un rituel profondément intime, insondable et libre de tout dogme.

Biennale Actoral

«Of balls, books and hats», création de Julien Prévieux avec Jonathan Drillet, Harold Hemming, Anne Steffens et Julia Perazzini / «Sa Prière», création de et avec Malika Djardi