Line Nault à la recherche du nombre

Line Nault
Photo: Line Nault

Créer un langage à partir du maillage entre danse, codage et poésie. C’est le pari que se lance Line Nault dans sa nouvelle création. SuperSuper se conçoit comme la synthèse d’une recherche résolument interdisciplinaire affinée depuis plus d’une vingtaine d’années par l’intelligente chorégraphe, nerd assumée de science et de technologie.

Dans trois tableaux distincts s’enchaînant en une sorte de suite historique, deux protagonistes féminines s’aventurent dans une quête ludique d’un nombre ultime qui soutiendrait l’univers. À l’aide de dispositifs de géolocalisation, les interprètes Audrey Bergeron et Jessica Serli, par leurs mouvements, exercent un contrôle sur des projections 3D et leur environnement sonore. Dans ce monde aux allures de jeu vidéo oulipien, Line Nault s’est amusée à glisser des rappels aux technologies rétro tels que la caméra Super8 et les jeux d’Atari et de Nintendo 64.

Générer de la poésie

Développés auprès de son fidèle collaborateur et « luthier numérique » Alexandre Burton, les outils numériques utilisés sur scène ont pour but d’ouvrir des dimensions philosophiques et de toucher à l’intime : « On est tellement assujettis à la machine de nos jours. Il faut que ces outils génèrent avant tout de la poésie et qu’ils nous ouvrent vers une intériorité. La “lutherie” qu’Alexandre développe permet de brasser l’échiquier de notre façon de chorégraphier, de faire du théâtre et des installations visuelles », affirme la créatrice, comparant cette fabrication maison au développement de nouveaux pigments dans la peinture à une certaine époque.

Mallarmé est un peu le précurseur du codage au niveau de la littérature. Il a essayé de défaire les modes traditionnels d’écriture. Quand on observe l’ouvrage, on y trouve du copier-coller, de l’écriture combinatoire et de la permutation. Sa structure est fascinante pour son époque.

Ayant recours à des approches somatiques du mouvement, Line Nault dit se distancer de la narrativité traditionnelle et d’une pensée linéaire reposant sur l’émotivité pour mieux créer des systèmes : « Je crée des partitions où le corps produit une forme de grammaire qui influence la vidéo et transforme le son. Il s’agit d’établir une structure qui va générer son propre sens. »

Décrypter Mallarmé

Un pan de SuperSuper prend source dans la fascination de la créatrice pour le poème Un coup de dé jamais n’abolira le hasard : « Mallarmé est un peu le précurseur du codage au niveau de la littérature. Il a essayé de défaire les modes traditionnels d’écriture. Quand on observe l’ouvrage, on y trouve du copier-coller, de l’écriture combinatoire et de la permutation. Sa structure est fascinante pour son époque. »

Elle s’est alors inspirée de l’enquête du philosophe français Quentin Meillassoux, qui décortique et déchiffre le cryptique poème dans son ouvrage Le nombre et la sirène. Sa partition chorégraphique s’établit à partir de mouvements générés par les syllabes récitées par les interprètes, qui ont relevé le défi mnémotechnique d’apprendre le très complexe texte. « C’est un poème qui te joue dans le cerveau, mais qui détient un sens vraiment profond et différentes couches. »

Fil conducteur du triptyque, la quête du nombre ultime est pour Line Nault — elle-même obnubilée par le chiffre 8 — intimement liée à une forme de spiritualité, une quête de transcendance portée par le codage chorégraphique : « Il y a une magie qui peut émerger du corps, dans cette recherche d’aller au plus profond de soi dans l’espace et dans les relations spatiales. »

SuperSuper

Une création de Line Nault en étroite collaboration avec Audrey Bergeron et Jessica Serli. À l’Agora de la danse, du 17 au 20 octobre.