«À travers mes yeux»: dans la lunette du kaléidoscope

La pièce «À travers mes yeux» est une véritable ode à la beauté.
Photo: Rolline Laporte La pièce «À travers mes yeux» est une véritable ode à la beauté.

Alors qu’enfants et parents s’installaient pour la grande première du spectacle À travers mes yeux à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, le décor minimaliste attirait déjà l’oeil des petits. Sur un plancher fait de traits noirs et blancs, trônait, en plein centre, une intrigante boule recouverte de peluche blanche. « Maman ! C’est quoi cette boule blanche ? » a demandé la petite Géraldine, trois ans. « Moi, je pense qu’il y a quelqu’un dedans… En tout cas, si c’est une personne, elle est bonne », a rétorqué sa grande soeur de sept ans, Romane. La magie opérait déjà.

La pièce débute alors qu’entre en scène un premier personnage — interprété par Émilie Wilson — qui, sans un mot, se dirige vers ce curieux ballon. Le manipulant, il en sort un costume vert qu’il enfile avec difficulté, provoquant instantanément le rire des enfants. Rire contagieux que l’on entendra d’ailleurs tout au long des 40 minutes qui suivront. Alliant humour, danse et jeux acrobatiques, À travers mes yeux est une véritable ode à la beauté.

Dans ce spectacle sans paroles, la musique, les jeux d’ombre et la couleur créent une suite de tableaux qui s’adressent d’abord et avant tout aux sens. La directrice artistique et chorégraphe Hélène Langevin, dans une mise en scène rythmée et étincelante, rejoint ainsi la nature première des enfants. Leur sens inné du mouvement et de l’imagination, leur curiosité et leur besoin d’être émerveillé trouvent écho sur la scène qui devient un terrain de jeu sur lequel Julie Tymchuk, Myriam Tremblay, Emmanuelle Martin et Émilie Wilson s’amusent ferme. Le quatuor danse avec entrain, battant au rythme de la musique de Bernard Falaise, jouant avec la lumière produite par Lucie Bazzo qui crée des formes colorées rappelant l’effet du kaléidoscope, objet culte associé à l’enfance.

« La création est partie d’un plancher rayé, d’un ballon et des sons que les enfants sont capables de reconnaître », soulignait la directrice artistique tout juste avant que la pièce commence. Et c’est bien là l’ingéniosité de cette mise en scène. Avec peu d’objets, un ballon et des cubes, les danseuses transportent aisément les spectateurs dans différents univers, allant d’un étang peuplé de grenouilles à une soirée dansante complètement folle. La précision et l’impression de facilité avec laquelle les comédiennes jouent avec la musique contribuent beaucoup à la réussite du spectacle.

En réelle symbiose avec la musique, ces dernières bougent au rythme des sons, font corps avec elle. Un des moments forts de la prestation reste sans doute ce tableau dans lequel le plancher rayé se transforme sous nos yeux en clavier de piano sur lequel chaque danseuse saute pour créer des notes, puis, ensemble, former une mélodie. La justesse de leur pas et la synchronisation avec la musique relèvent d’une véritable performance. « Trop cool », dira un enfant dans la salle. « C’est beau », lancera un autre.

À travers mes yeux est une pièce qui fait honneur à l’art de façon naturelle et sans prétention. La compagnie de danse Bouge de là crée ici une pièce à haute teneur artistique, riche, brillante et d’une rare beauté qui aura su tenir les tout-petits captifs jusqu’à la fin où, d’ailleurs, ils en ont redemandé.

À travers mes yeux

Une production de la compagnie Bouge de là. Pour un public de 3 ans et plus. À la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, les 16 et 17 octobre. En tournée au Québec par la suite.